Mercredi 30 mai 2007 à 8:52

 


( Suite le l'article de Télérama )


En 1950, au Cheval Blanc de Bruxelles, elle est caissière, vendeuse de Coca -- et chanteuse, enfin. Elle interprète, en s'accompagnant ( " très mal " ) A l'enseigne de la fille sans coeur, Madame Arthur ...; enregistre un 45 tours, sans écho. Les jours sont difficiles. " Mais j'ai eu de belles rencontres, des gens qui m'ont portée. Y compris des gens du milieu. Il y a eu ce monsieur Victor, qui m'a ramenée de Belgique en auto-stop. En fait c'était un mac, il voulait me mettre au travail à La Villette, et devant mon refus il m'a offert du muguet. J'en ai fait une chanson... J'ai frôlé des situations dangereuses, j'étais inconsciente, et rien ne m'arrivait : j'allais mon chemin, j'aurais défoncé les murs, ma vie c'était chanter. " Elle chante. A l'Ecluse. Une semaine d'abord, puis six ans, de 1958 à 1964. " Chanteuse de minuit " elle interprète Mac Orlan; Ferré, Brel, Brassens. " J'étais face au mur, où le piano était fixé. Je ne voyais pas les gens, ne serait-ce que parce que je suis très myope, mais je les entendais : " Ah ! qu'elle est laide ! " Nous étions soixante-dix, en comptant les spectateurs debout, et la chanteuse. " Barbara dira souvent que c'est le public de l'Ecluse qui l'a menée au chapiteau de Pantin. En passant par Bobino, où la fit venir Brassens, où elle revint avec Bedos. En passant par Discorama, l'émission où Denise Glaser lui inventait des sorties de disques pour la faire connaître, reconnaître. En passant par l'Olympia, où Moustaki fit d'elle La dame brune. En passant par des films : Franz, de et avec Brel, L'oiseau rare, de Brialy... 1981. Pantin. Immense, comme le public qui l'accueille. " Pantin espoir, Pantin bonheur, / Oh ! qu'est-ce que vous m'avez fait là ... " Elle a reçu là ce qu'elle n'a jamais cessé de donner. " Elle a tout donné, elle donnait tout " dit une amie qui l'a connue au cabaret de ses débuts, a travaillé avec elle ensuite. " Elle exerçait déjà une fascination totale sur son entourage, public, artistes. C'était un monstre, au sens exceptionnel du terme : une ogresse affective, une généreuse sans limites, une attentive rare. Sa Petite Cantate, elle l'a écrite en mémoire de la pianiste de l'Ecluse disparue dans un accident. Toutes ses plus belles chansons étaient des histoires vrais. " -- " Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous " est une histoire vraie. Elle l'a chantée pour la première fois le 15 septembre, à Bobino, en 1965. " Quelle fut longue la route... " La route est passée par Göttingen aux enfants blonds, par Nantes où mourut son père, Göttigen, Nantes : des chansons signées d'elle. " Jusqu'à l'âge de 30 ans j'ai chanté, sans écrire, un tas de gens que j'aimais. Et puis le jour où j'ai eu envie de parler comme une femme, j'ai écris Dis, quand reviendras-tu ? que je n'ai pas avouée pendant longtemps... Je crois être plus une femme qui chante qu'une femme qui écrit. Il se trouve qu'en plus, je n'ai pas d'imagination. Je n'ai que ma vie et les choses qui m'ont bouleversée. J'ai fais de la chanson engagée, engagée d'amour. Il y a un enfant qui meurt à chaque seconde. On sait ce qu'on sait et puis tout ce qu'on ne sais pas d'horreurs. C'est difficile : on a honte d'exister dans ce monde. Alors il vaut mieux se faire tout petit. Je pense que j'ai un grand privilège de faire ce que j'aime, comme j'aime. Dans ma vie de femme, j'ai certainement fait beaucoup de choses dont j'ai honte, comme tout le monde; mais dans ma vie de femme qui chante, je ne crois pas en avoir fait beaucoup. Je veux bien ne pas être belle, tant pis, mais je veux pouvoir me regarder dans une glace.       

 
 
( La suite demain )

Mardi 29 mai 2007 à 8:56


 


C'était une amoureuse. Une déraisonnable. De ses élans, elle tirait ces refrains qui " sous-titraient nos vies. " Au fil des ans, Télérama lui avait fait une place particulière, tout près du coeur. Pour la saluer, nous avons repris ce qu'elle nous avait confié dans ces colonnes. Une voix et des silences.


Le soir où l'on commença à murmurer sa mort, sa voix vibrait sur son répondeur. Le matin venu, la nouvelle confirmée, elle s'est tue. Précy-silence désormais, Précy-sur-Marne où elle vivait. Tout ce qu'on sait, tout ce qui est vrai, c'est que l'amour ne meurt pas. Est-ce qu'elle sent le nôtre, où elle est ? Le siens résonne en nous : son chant déraisonnable, résolu, absolu. Il faut reprendre la longue route qui l'a menée jusqu'à nous, qu'elle a menée jusqu'au bout, mal et joie de vivre mêlés. Refaire la traversée des embûches, le détour des errances. Ces dernières, si affectionnées avant qu'elle se pose à Précy, enfant, elle ne les a pas choisies. Des batignolles de sa naissance ( le 9 juin 1930 ) aux batignolles retrouvés après guerre, il y eu bien des départs, des hôtels, des escales -- dont une maison " fleurie sous les roses " un jardin " où nos cris d'enfants / Jaillissaient comme sources claires, / Jean, Claude et Régine et puis Jean... " Jean est l'aîné de la famille Serf, Régine et Claude, les benjamins. La cadette, Monique, choisira de s'appeler Barbara. A cause de Varvara, la grand-mère née près d'Odessa. " Cette femme magique nous racontait, le soir, des histoires de steppes et de loups. Il y avait, du côté de ma famille maternelle, toute une tradition de cirque, de danseurs, de joueurs de balalaïka... " La famille est juive. Les Serf fuient longtemps. Certains de leurs parents seront arrêtés, emmenés, qui ne reviendrons pas. " Il ne faut jamais revenir / Au temps caché des souvenirs / [ ... ] Ceux de l'enfance sont les pires, / Ceux de l'enfance nous déchirent. " L'écrivain Marie Chaix, qui a consacré un livre à Barbara, dont elle avait été quelques années la secrétaire : " Il y a dans ces pages une photo d'elle petite, une des rares que j'ai pu sauver. Elle les déchirait toutes. C'était une telle blessure, ce temps-là... " Pourquoi toujours si lourd pour elle, irrespirable ? " Je ne peux pas le dire. Je lui avait promis de garder les secrets qu'elle m'avait confiés... Comment parler d'elle à l'imparfait ? C'était une rayonnante... Ecoutez, elle était heureuse, elle a eu une vie formidable, elle a fait ce qu'elle voulait faire. " Ce qu'elle voulait faire, dès l'enfance : être " pianiste chantante " " Et danseuse, aussi... J'avais dans la tête des musiques bohémiennes, juives, russes. La chanson, je suis allée seule vers elle. Quand j'ai entendu Piaf, j'ai entendu la chanson. Et mon choix est allé vers le registre réaliste, plein d'humour parfois, et vers le caf'conc' - Damia, Yvonne Georges, Marie Dubas, Agnès Capri, elles avaient toutes une révolte, ces femmes-là. Elles restent pour moi les plus grandes, avec Marianne Oswald : une vraie rockeuse ! " D'abord des cours de chant, de solfège et de piano. puis, au conservatoire, Schumann, Fauré, Debussy. Pour gagner sa vie, Barbara passe une audition à Mogador. " J'avais préparé La tombe obscure, de Beethoven, et on m'a dit de soulever mes jupes. Moi, pétrifiée... " Elle est finalement engagée comme mannequin-choriste dans " violettes impériales. " Jean wiener lui conseille ensuite de se présenter à La Fontaine des Quatre Saisons, le cabaret des frères Prévert. " Pierre Prévert, désolé, me dit qu'il ne reste qu'une place de plongeuse à huit francs par jour. J'ai besoin de travailler, c'est oui ! Durant une année, j'ai lavé les verres du tout-Paris. C'était un endroit extraordinaire, à la pointe du spectacle. Tout le monde voulait y aller. J'y étais; et de ma plonge, c'était très beau. "

                                      

    ( La suite demain )

Dimanche 27 mai 2007 à 11:32

 


Superbe déchirure


En 1986, l'écoute attentive tout au long de " Lily Passion " se solde par une explosion d'applaudissements et de rappels à n'en plus finir. Tonnerre de " bravos " et de " mercis " encore au châtelet et à Mogador. Ces dernières années, l'ambiance était si surchauffée que les récitals de Barbara prenaient des allures de concert rock. Des milliers de personnes à se précipiter au pied de la scène, à l'appeler, crier son nom ou reprendre ses textes. Avec elle, " les rappels commençaient dès la la troisième chanson " écrit très justement libération au lendemein de sa mort. Et ils étaient encore très nombreux, dans la salle, une fois les lumières rallumées, à attendre qu'elle revienne. Une demi-heure, parfois près de trois quarts d'heures, après le salut final. Il suffisait que l'un d'eux donne le signal, pour qu'ils soient des centaines à entonner les classiques : " dis, quand reviendras-tu ?... Quelquefois, elle revenait. On la voyait, chaussée de ses grosses lunettes de myope, écarter le rideau, regarder intensément ceux qui étaient là et serrer des mains " Allez, il faut rentrer. Vous allez manquer le dernier métro. Mais autant d'amour, cela peut, aussi, faire peur. Peur que ça vous brûle, peur de décevoir. Un soir de février 1969, à l'Olympia, Barbara annonce qu'elle part, qu'elle ne reviendra pas tous les ans comme une cousine de province. Elle est partie. Elle s'est essayée au théâtre, au cinéma. Elle a enregistré. Elle a chanté ailleurs. Puis elle est revenue, en sachant qu'il n'est rien de moins anodin que la scène. " C'est un pouvoir. Si tu dis à tous ces êtres, soudés, de se lever, tu sens qu'ils vont le faire. C'est grave. C'est beau et dangereux, cruel et merveilleux. La scène est une suberbe déchirure. " A la fin des tournées, pour ne pas émousser ce plaisir de chanter, elle parlait de repli salvateur. Pourtant, à y regarder de près, ses absences n'auront jamais été très longues. Dans les années 60 et 70, Barbara n'a même jamais cessé de se produire; en France comme à l'étranger. Elle chantait tout le temps, partout, en récital mais aussi dans des concerts collectifs, galas étudiants, soirées de bienfaisance... La scène était son oxygène. Elle aimait faire la route, plonger dans la voiture sitôt le spectacle fini et avaler des kilomètres dans la nuit pour arriver le plus vite possible dans une nouvelle ville. A Paris, elle aimait rester près du théâtre, mortfiée de ne pouvoir y dormir. Elle avait installé sa loge-roulotte à Pantin, comme elle avait posé ses valises dans un petit hôtel, juste derrière le Châtelet. Le hazard dans les lieux ou les dates n'avait pas non plus droit de cité. Barbara aimait chanter en février, période anniversaire de l'ouverture de l'Ecluse. Elle le fît à Mogador ( 90 ) au Zénith ( 86 ) à l'Olympia ( 69 et 78 ) à Bobino ( 75 ) au théâtre des variétés ( 74 ) à la renaissance ( 70 ) Elle aimait aussi chanter en novembre, comme à Pantin en ( 81 ) ou au Châtelet ( 93 ), en souvenir d'une mère disparue ce mois-là. Quand au Châtelet ( 87 ), le coup d'envoi en avait été mi-septembre... vingt-deux ans, presque jour pour jour, après sa première grande rencontre, en 1965 à Bobino, avec le public. L'ultime tournée de Barbara, début 94, l'aura emmenée dans tout l'Hexagone. Si le récital parisien avait dû étre écourté à cause des ces maudits soucis pulmonaires, les trois mois de concerts suivants se seront déroulés sans anicroche. Tournée triomphale, d'un bout à l'autre. L'avant-dernière date l'avait menée à Nantes, là où son histoire personnelle résonnait d'une si profonde émotion. Le lendemain 26 mars, elle chantait à Tour. Un spectacle magnifique, où elle avait quitté la scène pour fendre la foule. " Merci de vous... Merci de m'avoir laissée intacte. J'ai gardé, comme hier, mon désir de chanter " En sortant du théâtre, Barbara savait qu'elle venait de boucler son dernier récital. Elle n'avait rien dit " On n'annonce pas quand on arrive. On n'a pas à prévenir quand on part. "


Valérie Lehoux
  ( Journaliste )

Samedi 26 mai 2007 à 8:08

 
Les bras grands ouverts


Là première fois qu'elle a ( officiellement ) lâché le piano ? La légende nous dit que c'est en 66 à Bobino, pour la création de " Ma plus belle histoire d'amour " " J'ai eu envie de me lever, sans que je m'y attende. Je me sentie parfaitement bien " Elle y prit goùt. Année après année, théâtre après théâtre, la chanteuse n'a plus cessé de quitter son refuge pour occuper la scène, devant, derrière, à gauche, à droite. Timide chrysalide devenue papillon virevoltant. "Bête de scène , " écrira même la presse. C'est ce corps libéré que l'on se rappelle aujourd'hui. La Barbara qui parcourait la scène à grandes enjambées, de sa " démarche de chat " ( Béjart ) On la voyait trouver refuge auprès des musiciens, mêler ses mains à celles de Romanelli ou de Daguerre sur le clavier du synthé. On la découvrait assise dans le grand fauteuil à bascule, tout droit venu de Précy, tant elle aimait se sentir sur scène comme chez elle. A Mogador, en 90, elle se laissait même aller à quelques pas de danse, légers, gracieux, tandis que les lampions multicolores descendaient des cintres. Que de chansons tout en mouvements ! Elle levait un bras au ciel, se cachant le visage de l'autre main, pour chanter " Ma plus belle histoire d'amour " Elle se jetait à la renverse sur le piano, fourbue de fatigue et d'amour, sur les trois temps de la " Valse de Frantz. " Aux notes finales de " Sid'amour à mort " elle poussait un cri -- déchirant -- et tournait autour de l'instrument comme un fauve en cage. Elle concluait " Le mal de vivre " en s'avançant vers le public, bras grands ouverts, comme pour mieux l'étreindre. Les gestes lui venaient ainsi, spontanés, dans la fièvre du récital. Elle les conservait, tant qu'ils lui paraissaient justes. Quand ce n'était plus le cas, elle passait à autre chose. Elle jurait en tout cas n'avoir rien prémédité. Théâtrale, elle l'était, évidemment... Mais dans ses spectacles, il y avait surtout une énergie à renverser des montagnes, qui l'étonnait elle-même. La femme, à qui les médecins avaient interdit de monter sur scène, balançait deux heures de récital sans aucun répit, avec la grandiloquence du geste et la force de l'interprétation, avant de s'éffondrer en coulisses. " C'est moi et ce n'est pas moi. C'est mon corps et ce n'est pas mon corps. C'est une voix, et ce n'est pas ma voix. C'est une force qui me pousse et qui m'anime " ( Extrait de Lily Passion ) Il y avait sûrement de la transe dans cet état-là. Le public aussi s'en trouvait transcendé. Car Barbara menait sa barque ( scénique ) avec une intelligence très aiguë : " Le succès n'est jamais acquis. Il faut le gagner chaque soir. Chanter, c'est aussi parfois un combat, un exercice de domptage. Il y a ceux qui ne veulent pas vous aimer, souvent par pudeur. Il faut aller les chercher, dans leur coeur... " Alors, elle déployait tout son art, toute sa conviction, toute son énergie, toute sa force pour les amener dans son univers. Elle échouait rarement, presque jamais " C'est inexplicable ce mystère. Ce miracle de scène. " En 78, à l'Olympia, on ne casse pas les sièges mais on entend la foule se déchaîner : " Barbara, on partira pas !... " Trois ans plus tard, en 81, sous le chapiteau géant de Pantin, près de trois mille passionnés se mettent à chanter à tue-tête et hurlent quand elle annonce son départ : " non ! " La foule s'accroche au rideau, de peur qu'elle ne revienne plus, s'étonne alors " le Matin de Paris " qui conclut : On a rarement vu autant d'enthousiasme, autant d'amour, dans une enceinte de spectacle.


Valérie Lehoux
  ( Journaliste )

Vendredi 25 mai 2007 à 9:53

 
Les lumières et le geste

 


Lorsque le rideau s'ouvrait, c'était tout le contraire : quelques notes d'intro, le début de " Pierre " et la voilà qui arrivait, droit devant, venue du fond de la scène, les mains ouvertes vers le public. Elle avançait lentement, les bras devant, le visage traversé d'un sourire, toujours très belle. La longue robe des années 60 avait peu à peu cédé la place à un pantalon et une tunique de velours, pour laisser plus d'aisance aux mouvements... le noir du costume, lui, n'avait pas bougé : " Pourquoi je m'habille en noir? Pour effacer le plus possible le corps, qu'il ne reste que la voix, le visage et les mains. Et puis, vous m'imaginez en rose bonbon avec un noeud bleu dans les cheveux ? " Le récital débutait. Depuis Pantin les lumières de Jacques Rouveyrollis habillaient chaque chanson d'un climat de feu, de nuit, de tendresse ou de fête. Que de chemin parcouru alors, depuis ses premières tournées, quand elle rêvait de chanter dans l'obscurité et donnait pour toute consigne au régisseur; " très peu d'éclairage... qu'on me voie le moins possible ! " Vieux souvenir. Avec Rouveyrollis, elle dessinait d'infinies touches de couleur. Au fond, voilà bien les deux seules révolutions des scènes de Barbara : Les lumières et le geste. Réduits au minimum l'un et l'autre pendant des années. Pour finir éclatants. Car on a d'abord découvert Barbara rivée à son piano, comme s'il était le prolongement de son propre corps. Elle était alors la " femme centaure, " si joliment racontée par Marie Chaix. A cette époque, il n'y avait guère que le visage qui bougeait; le regard et sa foudroyante intensité, qui partaient dans le monde secret des chansons. Il aura fallu du temps, de la confiance gagnée à force de spectacles et tout l'amour du public, pour que Barbara ose enfin ce dont elle rêvait : remuer sur scène, s'offrir une gestuelle à la mesure de sa fantaisie. " Moi, je suis une chanteuse de music-hall. Une femme qui bouge. On m'a trop enfermée dans la rive gauche "


Valérie Lehoux
  ( Journaliste )

Jeudi 24 mai 2007 à 9:18


De la toute petite scène de l'Ecluse à l'immense plateau du Zénith, Barbara investissait les théâtres avec ses exigences et ses obsessions. La préparation relevait d'un rituel minutieux. Le récital laissait le champ libre à toutes les audaces. A la mesure de sa démesure.


C'était son territoire, son domaine, son royaume. Là où elle créait ses chansons. Elle ne parlait d'ailleurs presque jamais de spectacle ou de récital mais de " rendez-vous d'amour. " Le moment où elle allait retrouver son public. Plus le temps passait, plus le corps s'y liberait. Barbara traversait la scène, sautillait, dansait, sortait, revenait, ouvrait les bras, les refermait, sortait et revenait encore. Les accros de la sobriété s'en irritaient; les autres se laissaient porter et s'en emerveillaient. On a tout dit -- ou presque --- des récitals de Barbara. Qu'ils se transformaient en messes géantes dont la prêtresse, toute de noir vêtue, buvait les applaudissements, jusqu'à plus soif. Regard extérieur pas complètement faux, pas complètement vrai, non plus... Certes, elle disait avoir épousé la chanson comme on entre en religion. Certes, il y avait cette stupéfiante communion entre elle et la salle qui pouvait rappeler le plus fort des liturgies. Mais surtout il y avait deux heures suspendues, de confidences partagées.Pas une déesse avec ses disciples, mais une femme et son public... Et ce bonheur, toujours, de se retrouver. " Je chante, confiait-elle, comme si c'était la première et la dernière fois. " En quittant ses salles, d'ailleurs, on n'était jamais complètement sûr de la revoir. Chaque spectacle devenait fragile.Combien de fois, dès les années 60-70, n'a-t-elle annulé un récital pour cause de refroidissements; ou simplement parce que le théâtre ne lui convenait pas ou que le piano était mal accordé ( grand sujet de colère à ses débuts, quand elle n'avait pas encore, les moyens d'emporter son instrument en tournée ) On aurait tort d'y voir des caprices. Ce n'était là que les exigences d'une hyper-perfectionniste, qui imposait aux autres la même discipline qu'à elle-même. Car tous les directeurs de salle, les techniciens, les musiciens vous le diront : Barbara travaillait comme une forcenée afin que le rendez-vous soit à la hauteur de l'attente. Elle arrivait au théâtre bien avant l'heure. Besoin de s'isoler, de se concentrer, d'habiter l'espace et de se rassurer. On la voyait débarquer, silhouette enturbannée un peu surréaliste, le plus souvent en fin de matinée. " Quand on voyage, on arrive dans des endroits dont vous n'avez pas idée. Il n'y a rien. Et tout se monte. C'est là que débute le spectacle, quand les hommes sortent des camions. Moi, j'arrive au moment des camions ! " Commençait alors la découverte des lieux. L'installation dans la loge avec sa corbeille de fruits ou de chocolats, pour les théâtres les plus accueillants. La traversée des coulisses et des couloirs, comme une exploration. Les sièges essayés les uns après les autres d'un bout à l'autre de la salle, " pour voir comment le public découvre la scène. " La journée avançait, les camions se vidaient, les musiciens n'allaient plus tarder. Elle, était déjà sur scène. Elle se balançait, tout doucement, les yeux fermés dans son rocking-chair. Elle allait jouer quelques notes, se levait fiévreusement pour déplacer une enceinte ou pousser le piano d'un demi-centimètre. Avant Lily passion, on la voyait refaire chaque geste du spectacle, chaque pas prévu dans la mise en scène, sans un mot, au milieu des techniciens. Qu'on ne vienne pas la déranger dans ces longs instants de préparation. Ses " hommes " -- comme elle les appelait -- veillaient à ce que personne n'approche. Barbara se repliait. 

O ses théâtres !

O ses théâtres !


 
Valérie Lehoux  ( Journaliste )

Mercredi 23 mai 2007 à 11:59



A l'Olympia, en 1969, avec Maurice Béjart.

 


Maurice Béjart :
" Nous étions comme frère et soeur "


On n'a pas beaucoup entendu Maurice Béjart à la mort de Barbara.Trop " heurté " trop peiné, pour raconter leur amitié. Car depuis qu'ils s'étaient découverts, au milieu des années 60, ils ne s'étaient plus quittés. Ces deux-là s'adoraient. Comme ils adoraient se voir -- l'un et l'autre -- sur une scène.


"J'ai beaucoup de mal à parler de Barbara. J'ai tellement de souvenirs avec elle. Tellement de voyages, de découvertes, d'aventures...Elle était plus qu'une amie. Elle était une soeur. Entre nous, ce fût un coup de foudre. Une reconnaissance immédiate, comme deux jumeaux qui se découvrent. On se sentait identiques. On avait les mêmes goûts, les mêmes pensées, les mêmes attraits. Barbara, c'est une énorme part de moi-même. Comment parler d'elle sur scène ? C'est simple, elle y existait. Elle y était chez elle. Du reste, sa vie se passait comme ça : de Précy à la scène, et de la scène à Précy. Elle s'était créée un univers mythologique qu'elle vivait avec toute sa passion, toute son authenticité. En 90, j'avais un spectacle à l'Opéra tandis qu'elle chantait à Mogador. Tous les jours, je passais l'embrasser. Elle avait installé une espèce de tente de bohémienne dans les coulisses. Et elle y était dès 10 heures le matin, déjà presque prête à chanter ! Au fil des ans, elle s'était mise à beaucoup bouger sur scène. Une envie qu'elle portait depuis très longtemps. Quand nous avons tourné " Je suis né à Venise, " dans les années 70 ( un film mi-fiction, mi-réalité ) Elle y dansait déjà d'une façon extraordinaire, fascinante. Un jour, elle a débarqué à l'improviste deux heures avant l'un de mes spectacles. Il y avait un piano, elle s'est mise à jouer. Les danseurs se sont arrêter de répéter, se sont assis autour d'elle, et l'ont écoutée. A 20 heures, le directeur du théâtre est arrivé affolé, en disant : " la salle est pleine, pourquoi on ne commence pas ? " Tout le monde était resté subjugué devant Barbara. Elle a souri et elle est repartie dans sa voiture : " mon amour, je me sauve... " Une autre fois, elle était venue assister à une audition de danse et de chant. Elle était au fond de la salle, avec ses grandes lunettes et son chapeau, personne ne l'avait reconnue. Une candidate a interprété l'une de ses chansons. A la fin, Barbara s'est levée, elle a enlevé ses lunettes et lui a dit : " bravo mademoiselle, c'était formidable " Et la jeune fille s'est évanouie ! Jusqu'au bout, nous sommes restés très liés.Nous discutions de ses mémoires, elle me faxait chaque matin ce q'elle venait d'écrire. Il y a moins de deux ans, on lui avait aussi proposé de jouer La Callas au théâtre. Je le lui ai déconseillé. Un mythe n'en incarne pas un autre. Et Barbara était un mythe. Elle était une femme unique. D'une intégrité, d'une exigence envers elle-même, d'une volonté extraordinaires. Deux semaines avant de mourir, elle m'avait envoyé une feuille de carton. Dessus, il y a trois mots, écrits au feutre : " je t'aime " La feuille est au mur, dans ma chambre. Je la garde tout le temps devant moi. "


Maurice Béjart
  ( Chorégraphe )

Mardi 22 mai 2007 à 8:36


Louve solitaire


Alors, féministe avant l'heure, Barbara ? Sans doute. Pas de ces féministes qui défilent derrière une banderole ( l'oiseau est trop singulier pour entrer dans le rang. ) Mais de celles qui ont toujours cultivé leur liberté, mené leur barque comme elles seules l'entendaient... Entre mille rencontres, Barbara vit seule, louve dans son repaire, et elle l'assume. Cette solitude, aux multiples couleurs, peuple toute son oeuvre. C'est un drôle d'animal qui s'accroche. " Elle s'est pendue à mon cou / Elle s'est enroulée à mes hanches / Elle se couche à mes genoux. " Dans un drôle d'état de dénuement : " Comme froide / Comme grise / Comme rien / Je suis seule . " Mais c'est aussi un choix joyeux, celui d'avoir toujours sacrifié une hypothétique vie de couple au bonheur de chanter : " M'ont laissée toute seule / Avec mes lunettes / Avec mon piano / ( ... ) Ma vie comme j'ai su / Comme j'ai pu / Comme j'ai voulu. " S'il ne devait y avoir qu'une chanson à retenir, ce serait, et sans photo, " Ma plus belle histoire d'amour, " Folle déclaration d'amour au public, qu'elle aura murmurée partout. La solitude, cela peut-être, aussi, celle d'une enfant à la mort de ses parents. Un 6 novembre à la fin des années 60, la mère de Barbara s'en va. " Je suis restée orpheline / Que c'est bête, à quarante ans. " Douleur du déchirement, comme quelques années plus tôt, avec la disparition de ce père qu'elle n'avait jamais vraiment connu. La mort, fil rouge de l'oeuvre de Barbara. Elle a toujours flirté avec. L'idée de la mort, sa tentation même, rôde très vite... " A mourir pour mourir " apparaît dès 64; elle chante comme un défi au temps, le sourire aux lèvres. Guilleret encore, cet " Enterrement " qui se referme sur un adieu apaisé : " Je m'en vais le coeur content. " La mort, chez Barbara, n'est pas une inconnue. C'est " La dernière des épousés, " se rendant à un ( ultime ) rendez-vous d'amour. " Si l'on apprenaît à mieux accepter la mort, si l'on arrêtait de la nier, on aurait sans doute moins peur. " Pour elle la mort n'est rien d'autre qu'une étape de la vie, même si c'est la dernière. Après, restent un arbre, dans " Le bois bois de Saint-Amant, " pour abriter la dernière demeure, et les notes d' " Une petite cantate " ... pour monter vers le ciel. Autant dire que ceux qui ne voient en elle que le noir du deuil n'ont rien compris. Qu'elle chante la mort, certes, car c'est le lot commun de chacun. Mais qu'elle s'en délecte, non, au contraire. Barbara aimait la vie, passionnement.

Samedi 19 mai 2007 à 8:54


Barbara chante, plus qu'elle n'écrit. Elle chante, sans rhétorique. Alors forcément, chacun finit un jour ou l'autre par s'y retrouver : " Tout le monde a perdu un père, a attendu un homme, a perdu un amour et en a trouvé un autre. " Sentiments éternels... L'oeuvre est intemporelle, comme le public, qui va des premiers frissons de l'adolescence aux derniers frimas de la vieillesse. Elle aussi, dit le temps qui file, qui " ne se rattrape guère. " temps de l'enfance, d'abord, dont on sait asser peu de choses, si ce n'est cette fuite perpétuelle pour cause d'étoile jaune. Mais les départs et la peur n'effacent pas les jeux d'enfants : " La guerre nous avait jetés là ! / Nous vivions comme hors-la-loi / Et j'aimais cela quand j'y pense ." Bien des années plus tard, pour le dernier album, les souvenirs remontent à la surface. " Il me revient en mémoire/ Il me revient une histoire/ Il me revient des images / Un village, mon village..." Comme si il devenait urgent de dire, comme si l'écriture se faisait libératrice. Pour le reste, la chanteuse ne s'appesantit pas. L'enfance est envolée, elle n'aparaît qu'en pointillés... N'en parlons plus. Mais le temps, lui, continue de passer. Temps cruel, qui écorche les plus belles amours. " Il a foutu l'camp / Le temps du lilas / Le temps de la rose offerte / Le temps des serments d'amour / Le temps des toujours, toujours." Mais jamais, non, Barbara ne s'apitoie : " T'en fait pas pour moi, j'ai mes souvenirs..." La femme ne redoute rien de plus que le poids de l'habitude et la lente érosion des sentiments. Elle a choisi son camp : Le départ, thème récurrent, presque obsédant. En 67 : " C'est parce que je t'aime que je préfère m'en aller / Car il faut savoir se quitter / Avant que ne meure le temps d'aimer. " En 71 : " J'ai choisi l'absence / Comme dernière chance / Notre ciel devenait si lourd. " En 72 : " Il faut quand on aime / Partir au plus beau, je crois / Et cacher sa peine. " En 96 : " Un jour, demain, je partirai/ Sans rien te dire, sans m'expliquer. " Si ses amours sont " magnifiques, " elles sont souvent condannées d'avance, comme dans ces relations plombées par de trop grandes différences d'âge. Il est plus jeune, il doit partir. Là encore, Barbara déroule le même fil : " Le bel âge " en 64, et : " Sables mouvants, " en 93. Deux chansons aussi belles l'une que l'autre, qui se font écho. Entre les deux, près de trente années, mais au fond la même histoire, le même désir... Mais si les départs sont nécessaires, l'émerveillement des rencontres finit toujours par repointer son nez. " Amour magicien, " lorsqu'on ne l'attend plus. Amours clandestines, qui s'ennuient dans le Paris du mois d'aoùt ou se réchauffent dans des rendez-vous secrets à Noël. Amour, de toute façon, sans cesse recommencé. " Viens, et refais-moi le serment / qu'avant moi, y'avait pas d'avant. " La ronde des promesses repart de plus belle. Amoureuse, chaque fois, comme si c'était la première fois. Et tant pis si l'on sait que ça ne durera pas. Le temps d'une chanson, Barbara y croit. Et on y croit avec elle. Dans sa voix, l'amour n'est jamais loin de l'érotisme. Dans ses textes, traversés de caresses, on entend presque les draps se froisser. " C'est parce que ton épaule à mon épaule / Ta bouche à mes cheveux / Ta main sur mon cou / C'est parce que dans mes reins / Quand ton souffle me frôle / C'est parce que tes mains / C'est parce que joue à joue... " Chansons charnelles qui vont jusqu'à célébrer la danse des corps et le défilé des amants dans le sautillant " Moi, je balance. " Au diable la morale !


Valèrie Lehoux
  ( Journaliste )

Jeudi 17 mai 2007 à 9:13


"  Rester en colère... " Disait-elle


Dans le silence de Précy, Barbara guettait le monde. Loin des médias, elle se battait contre ses souffrances. La misère, la solitude, l'incompréhention, et bien sûr le sida. Elle s'engageait pour une cause : La vie. Elle avait inventé un mot. Un verbe. Pour dire toute l'attention portée au monde. " Vigilons ! " répétait-elle sans cesse. Il faut vigiler et agir. " Rester en colère, sinon on est foutu. " Savoir s'indigner; ne jamais se résigner, ni accepter les blessures du monde comme une fatalité. Barbara se sera battue, tout au long de sa vie, avec ses mots d'amour et ses gestes empreints de discrétion. Au soir de sa mort, on ne s'y est pas trompé. La presse a salué l'artiste et la militante des causes justes. Celle qui avait tant donné, par exemple, pour la lutte contre le sida... Cette peste de l'amour qui l'avait bouleversée. Etonnante comme toujours, elle avait crée son " Sid'amour à mort " dans un châtelet complet et l'avait jeté, tel une gifle, à son public médusé. C'était en 87 " Elle m'avait contactée quelques temps auparavant --rappelle Line Renaud-- pour me dire qu'elle voulait, elle aussi, mener ce combat
" A l'époque, ils n'étaient pas si nombreux à oser parler du sida avec tant de douceur et de rage à la fois. Elle aurait pu se contenter de chanter, Barbara. Faire son métier d'artiste, dénoncer ce qui la révoltait, distiller ses doses d'amour. Mais c'était mal la connaître. " Je n'ai jamais pensé que la chanson allait changer le monde. Pour ça, il faut descendre dans la rue. " Alors elle a voulu bouger. Quitter le rouge des théâtres pour le blanc des hôpitaux, aller frapper aux portes, visiter les malades " Je demande toujours la permission avant d'entrer... " Elle avait même fait installer une ligne de téléphone entre l'hôpital et sa maison de Précy. Ce qu'elle leur disait ? Ce qu'ils lui disaient ? Motus. Et puis il y avait ce public, son public, qu'elle voulait protéger. En 90, à Mogador puis en tournée dans toute la France, elle fait distribuer des préservatifs à la fin des concerts. Les petits paniers en osier sont là, il n'y a qu'à se servir. Et tout le monde se sert. Quelques minutes plus tôt, sur scène, elle avait prévenu : " Il n'y a pas trente-six solutions contre le sida... Alors, mettez-les moi, ces préservatifs... Ou abstenez-vous, si vous préférez... Mais bon... " Le message était délivré avec tant de tendresse et d'humour que personne n'y résistait. Barbara ne s'est jamais renfermée dans sa bulle à contempler ses états d'âmes. Elle était tout ouverte sur le monde, sur ceux surtout qui n'y trouvent plus leur place. Les malades bien sûr, mais aussi les enfants délaissés ( elle participe à des collectes pour les orphelins ) ou les femmes emprisonnées qui l'avaient si profondément touchée. pour elles, elle avait écrit ses " Rêveuses de parloir " Surtout, elle était allée chanter dans les prisons. A mille lieux du mythe de la femme intouchable dont on l'a si souvent parée. A Fresnes, il y a toujours ce piano noir, cadeau de Barbara... Et puis dans ces temps de misère rampante, elle avait voulu réchauffer les oubliés de la prospérité. Les femmes du tiers-monde, d'abord, en participant à un disque collectif, en 1993 ( la chanson de la vie ) Les sans abris, ensuite, en essayant de réveiller la solidarité. Un soir d'automne 1993, sur la scène du châtelet, elle demande : " Faites-moi plaisir. Lorsque vous rentrerez chez vous, ouvrez votre armoire, prenez un vieux pull et donnez-le au SDF de votre quartier... " Un an plus tôt, déjà, elle avait lancé le même appel dans les médias. Car Barbara, femme engagée dans la vie de sa cité, n'avait guère un tempérament partisan. Il y a bien eu cette chanson " Regarde " ( que les médias ont rebaptisée " l'homme à la rose " ), écrite au soir du 10 mai 1981. Mais elle fut plus dictée par l'explosion d'une joie populaire que par des considèrations purement électorales. " On pourrait encore y croire ! / Avant qu'il ne soit trop tard. " Et si la dame avait ses idées, si elle a signé quelques pétitions, si elle n'a jamais caché sa sympathie pour François Mitterrand ( qui, d'ailleurs, la lui rendait bien ) au point d'avoir chanté dans deux de ses meetings, elle ne brandissait pas d'étendard. Ou alors un seul : celui de l'amour. C'est cet étendard-là qui flotte toujours au sommet de son île. Ses " Soleil noir " et " Perlimpinpin " -- Titres de colère et de combat -- sont ses cris de révolte, spontanés et déchirants " J'ai souvent honte de ce monde ", confessait Barbara. Alors elle chantait. Elle se disait " impudique et impuissante ", mais parvenait à adoucir les bleus du corps et de l'âme. Comme avec " Göttingen " , par exemple, son premier grand texte d'engagement. Titre écrit pour une ville allemande, ses roses et ses enfants blonds, vingt années seulement après la fin d'une guerre qui avait vu sa famille fuir et se disloquer. Titre lourd de sens, de passé meurtri et de promesses d'avenir. Mais là encore pas de politique, rien que de la tendresse. " Je ne fais pas de chanson engagée, je ne fais que des chansons d'amour. " Göttingen " est une chanson d'amour. "


Valèrie Lehoux
  ( Journaliste )

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