Lundi 17 août 2009 à 8:19

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Hôpitaux

( 1990 )

J'ai d'abord suivi une formation dans un milieu médical sur le virus, les symptômes, l'évolution de la maladie. On m'a aussi proposé d'apprendre à approcher les malades. Je n'ai pas voulu, parce qu'il m'a semblé que le contact avec les gens, j'en avais l'expérience depuis longtemps par le biais de la chanson. Et c'est vrai que la première fois que je suis entrée dans une chambre de malade, tout a été simple. Je ne l'ai jamais fait sans qu'on me le demande et s'il y avait la famille, je n'y allais pas. L'aumônier me demandait  :  Mais qu'est-ce que tu leur dis ?  J'écoutais, surtout, et j'ai aidé certains à partir... J'ai vu des malades au seuil de la mort, totalement seuls, abandonnés par leurs proches, parce qu'ils avaient peur d'être contaminés. C'est important, je l'ai pensé et écrit, que quelqu'un vous aide, au dernier instant, à fermer les yeux.
J'ai voulu entrer dans les hôpitaux parce que la maladie provoque de grandes solitudes, des exclusions. Les malades savent que je suis là et ils peuvent me contacter. Le dialogue qu'ils peuvent avoir avec le médecin, l'infirmière, leur famille, un étranger, est très différent. Ici l'étrangère, c'est moi. Il se passe autre chose, une autre écoute.

J'ai vu des infirmières extrêmement compétentes, généreuses de leur temps et complètement sous-payées. Il n'y a pas assez d'effectifs et certaines de ces femmes sont des zombies.

Des gens en phase terminale, j'en côtoie toutes les semaines. Je l'ai dit dans mes chansons  :  il faut être là quand les gens s'endorment, pour les accompagner. Autrefois, en ville ( pas à la campagne ) on trouvait cela morbide. Maintenant, on trouve cela normal. Un des premiers malades que j'ai vu n'avait plus du tout envie de lutter. De désespoir, il s'est tourné vers le mur. Il ne voulait plus voir ni médecins, ni infirmières. J'ai vu des malades dont les familles parlaient à l'imparfait.
Pas par méchanceté, mais par sottises.

( 1993 )

Je ne suis pas une visiteuse. Les visiteuses ont souvent la tête de l'emploi, les gens qui vont mourir n'ont pas besoin qu'on leur confirme...

Il faudrait que les gens sachent ce qui se déroule dans les hôpitaux. J'ai vu des malades fous de colère ou accablés de détresse. J'ai vu des choses inoubliables. Des infirmières admirables. Entendu des cris de détresse absolue.

Barbara

Vendredi 14 août 2009 à 9:01

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La semeuse de refrains est une amoureuse. Exaltée et volage, amante passionnée et victime consentante. Elle n'imagine pas que l'amour puisse être tiède, qu'il lui soit autorisé de s'éroder lorsqu'il se frotte aux habitudes et au temps. Elle se veut livrée entière à la chaleur de la brûlure, à la douleur de ses morsures. Hubert la découvre un soir à L'Ecluse et leur amour prend comme un feu d'été, indomptable et exubérant. Elle voudrait être certaine qu'il l'aime, le lui réclame jusqu'à plus soif. Quand son diplomate la quitte pour retourner à Abidjan où il vit à mi-temps, elle se désarticule, se dévitalise. Elle chante à minuit et attend un signe tout le reste du jour  :  une poignée de mots cachetés, un coup de fil, ou qu'il pousse une porte. Lorsqu'il reparaît, les jours ne sont plus assez longs pour contenir tant d'amour. Il s'échappe à nouveau, l'exhorte à le rejoindre. Ils ont des orages. Barbara, féline, rentre ses griffes et ses violences. Elle se fait petite et douce aux heures de l'amour mais bondit soudain, pareille au cabri. Elle chatouille la quiétude du moment pour lui donner quelque fulgurance, tire sur ses liens pour en garder aux poignets la trace rougeoyante et douloureuse. L'assurance de se sentir vivante, infiniment aimée et désirée. J'ai besoin d'être dominée, je crois, comme beaucoup d'entre nous. Moi, j'ai besoin d'avoir constamment au poignet un bracelet d'argent cerclé, d'esclave. Parce que l'absence d'Hubert est un poison dans ses veines, elle convainc finalement les patrons de L'Ecluse de la laisser s'échapper un temps pour se rendre en Côte-d'Ivoire. Il n'est pas question de dépendre de lui, et encore moins de ne pas chanter, aussi la proposition d'engagement de Jo Attia, qui vient d'ouvrir un cabaret à Abidjan, tombe-t-elle à point nommé. Le Refuge, c'est un peu Chicago en pleine Afrique avec son lot de brigants bien sapés et de réglements de comptes à l'emporte-pièce. Ici les hommes ont le sang chaud, et c'est bien étrange de faire chanteuse entre une danseuse du ventre et une strip-teaseuse. Il y a aussi les soirées des nantis, blanc, bien sûr, qui contemplent leurs nombrils et leurs riches atours, et toutes ces femmes qui battent des cils sur le passage d'Hubert et qui, pire, réclament à Barbara une chanson, ce dont elle ne leur fera jamais la grâce. Ce spectacle pathétique lui porte au coeur et elle enrage de se nier de la sorte, même par amour. L'Ecluse la rapelle, elle laisse Hubert mais s'en va avec la promesse qu'il la rejoindra dans quelques semaines. Les arbres se dépouillent de leurs cheveux d'été, le ciel s'alourdit et se grise, et lui qui ne revient pas... L'absence est une maladie terrible, une lèpre qui grignote l'âme.

Je vais, je viens, je vire, je tourne et je me traîne. (...)
Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de toi.

Face à son piano, Barbara met en forme le manque qui l'assaille. Elle cisèle un lamento dont les aigus sont pareils aux pics qu'elle porte plantés dans le coeur. Dis, quand reviendras-tu ? demande-t-elle à Hubert alors qu'elle lui fait écouter sa chanson par téléphone, avec en prime la menace d'un ultimatum qui a le mérite d'être limpide.

Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs. (...)
J'irai me réchauffer à un autre soleil.
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marin.

La déclaration d'amour est de taille. Hubert revient. Il obtient d'elle qu'un temps elle ne succombe à l'appel d'aucun piano. Il la veut pour lui seul. Elle rôde autour de son instrument et tient bon. Elle flanche finalement dans le hall d'un hôtel, il ne décolère pas, elle le rattrape encore. Hubert doit regagner Abidjan, mais avant il met sa belle à l'abri. Au 14, rue de Rémusat, dans le seizième arrondissement, tout près du pont Mirabeau. Son Rémusat est dans les nuages  :  un septième ciel-étage sur terrasse, avec un beau salon où trône le piano à queue et une chambre bleu nuit. C'est beau le bleu, c'est couleur de repos, de paix. Hubert continu d'aller et venir. Barbara se défend d'avoir la vertu des femmes de marin ; pourtant elle veille comme telle, son piano et son magnéto pour seuls compagnons. Il propose de ne plus repartir si elle renonce à sa vie de chanteuse. Les mots d'amour, ceux d'humour, les souffles caressants entre deux notes, les sourires complices et le grand frisson quand vient le rendez-vous de minuit, il ne les partagera plus. Elle doit choisir entre lui et son amant de mille bras - son public.Elle aurait bien aimé être sa danseuse, une cocotte poudrée et docile dans un salon aux murs de soie tendue. Elle aurait bien aimé vivre alanguie dans sa chambre bleu nuit, à attendre son retour. Mais elle brûle d'un autre feu. En elle tourbillonnent des chansons. C'est triste Rémusat depuis qu'il n'y a plus l'espoir d'y voir Hubert. Toutefois, ils ne se quittent pas fachés. Elle lui a offert une chanson, il lui laisse le mobilier. Quand ses solitudes manquent de la faire se jeter par-dessus bord, elle s'arrime et se sangle à son piano-vaisseau. C'est alors une aventure merveilleuse, un voyage épatant. La liberté est un luxe qui se paie cher. Qu'importe... Barbara n'a pas le sens de l'économie !

Quand on aime un homme, mieux vaut se quitter quand l'amour est à son maximum. Rien n'est plus atroce que ces amours qui meurent lentement, qui se dégradent. De toute façon, un homme ne peut pas faire une vie. J'ai brisé un amour par amour du public et de la scène, car ce métier vous permet de faire du bien, de donner de l'amour à mille personnes en un soir. Vous comprenez ? D'ailleurs, un homme n'accepte pas que sa femme qu'il aime se  "  déshabille  "  tous les soirs devant mille personnes.

D'autres hommes viendront l'aimer. De passage, par intermittence, passionnément... Mais la passion de chanter est plus forte que celle de former un couple.

J'ai passé plus de nuits à chanter
Que de nuits dans les bras d'un homme.


Extrait du livre

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Mardi 11 août 2009 à 8:56

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Barbara occultera les moments douloureux pour ne se souvenir que de l'ambiance chaleureuse qui régnait sur le petit monde des prostituées, des voyous et autres maquereaux. Au moment où Jacques Brel enregistre son premier disque Philips, Barbara va où le vent la mène, et flirte avec les situations dangeureuses. L'insouciance de la jeunesse, avec pour seul but, chanter et chanter encore ! Un soir, dans un cabaret où elle se produit, elle va trouver le patron, un  "  caïd  "  qui maltraite son personnel, les artistes, surtout une certaine danseuse  :  
Je te préviens, je ne chante pas ce soir si tu ne donnes pas ce que tu dois à cette fille !
Quand j'y pense...,
avouera-t-elle plus tard à Serge Tomassi, futur complice musical, j'aurais pu me faire massacrer ! Mais il était hors de question de laisser faire ce voyou !
De septembre à Noël 1954, Barbara est engagée à L'Ecluse en numéro trois, en vedette après une parodie comique. Sur la rive gauche, elle chante sans micro avec une désinvolture qui fait rire le public, jouant de sa voix et de son corps. Pendant ce séjour, la direction remarque pour la première fois que Barbara 
"  fait recette  "
Place de l'Odéon dans les années cinquante. Raymond Lévesque égrène ses souvenirs...
Lorsque j'arrive à Paris en 1954 avec peu d'argent, je me retrouve à Saint-Germain-des-Prés avec tous les paumés de la terre. C'est là que je fais sa connaissance, elle est comme nous. Nous fraternisons et passons nos après-midi au Café de l'Odéon, au Quartier Latin, où le patron nous laisse nous éterniser devant un verre de rouge. Très effacée,elle me présente Claude Sluys, qui est vaguement imprésario, en me disant simplement  :  "  c'est mon mari. "   
Le 14 décembre 1956, elle est engagée par Jacques Canetti aux Trois Baudets, dans Hi-Fi, aux côtés de Francis Lemarque, Raymond Devos, Pierre Dac, Francis Blanche, Colette Chevrot et Monique Sénator.
Cette année-là, lorsqu'il est nommé directeur artistique du service Variétés pour le compte de la maison Pathé Marconi, Serge Beucler invite son ami montpellièrain Henri Saccazes dans un petit restaurant du quartier Saint-Michel  :  il tient à lui présenter sa découverte... Plus tard, retiré à Millau, Henry Sacczes se souviendra de son tout premier contact avec cette  "  femme-échalas en point d'exclamation, à la démarche un rien féline et au port de tête de danseuse-étoile  "
Jamais je n'oublierai cet instant magique. Du haut de sa longue silhouette filiforme, avec un timbre de voix si étrange, elle paraît accrochée à sa branche, dans une pénombre feutrée et intimiste. Barbara qui ne laisse déjà nul indifférent est une femme impressionnante d'intelligence et de culture, mi-Callas par la silhouette, mi-Garbo par le mystère. Si le therme d'atmosphère est lié à tout jamais à la gouailleuse personnalité d'Arletty, c'est avec Barbara qu'il a pris sa pleine dimension romantique avec des émotions à nulle autre pareille, une intimité, une ambiance d'envoûtement proche de la cérémonie vaudou...
En 1958, engagée pour six semaines, elle chante à nouveau à L'Ecluse. L'ambiance est familiale, Barbara arrive chaque soir, très tôt, vers 21h, bien avant l'ouverture.
Dès les premiers jours, je remarque sa grande intégrité, raconte Marc Chevalier. Chanter c'est sa vie, elle sacrifie tout à ça. Barbara a une  "  élégance de coeur  "  :  elle donne tout, c'est spontané ! Avant le spectacle, on prend le café ou bien on mange au restaurant d''à côté. Plus tard vers 1h ou 2 h  du matin, nous allons boire un dernier verre ensemble place Saint-Michel. Nous vivons très liés sans véritablement nous connaître. Nous parlons beaucoup, mais je ne vais jamais chez elle et je ne sais rien de sa vie privée... Une fois, elle se dévoile et me dit  "  tu vois quand je chante, je ne fais pas venir ma mère... Le fait qu'elle soit là me trouble et m'empêche d'être moi-même totalement... "
Au fils des jours, ses inflexions de voix au timbre personnel sont très remarquées. Barbara croise, entre autres, Yves Joly et ses marrionnettes, sans oublier Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras, inséparables, avec leurs personnages de Louis XIV et Racine. Elle gagne dix francs par jour. de quoi se payer le taxi et le dîner.


Extrait du livre

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Vendredi 7 août 2009 à 9:01

 
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Croquis de Luc Simon

Barbara a habité un an et demi chez moi, me confiera France Olivia, la pianiste de L'Ecluse. Avec mon époux, Olivier Grégoire, nous étions jeunes mariés et habitions dans l'île Saint-Louis, sur les quais de Béthume. Une vie merveilleuse. Olivier, cinéaste et peintre de grand talent, hébergeait notre ami intime Paul Braffort. C'était une maison de bohème et d'accueil, Dadzu ( le dessinateur humoriste ) y séjournait avec nous, François Billetdoux, notre ami d'enfance, nous y retrouvait. Mon métier de pianiste me permettait de rencontrer toute la rive gauche. Je connaissais bien Boris Vian. Je ne peux pas dire que j'ai aidé Barbara, ce serait orgueilleux de ma part  :  je suis une femme de l'ombre et de l'amour. En 1951, tout en faisant parallélement des tournées avec des artistes, je commence à jouer à L'Ecluse, un étroit bistrot en longueur, avec tout au bout, une scène minuscule et un piano situé à gauche de telle façon qu'on l'aperçoit depuis la porte d'entrée. Chaque soir, de mon poste, j'entrevois une grande fille avec une crinière fabuleuse. Une Juive de l'Antiquité, superbe, généreuse et terrifiante à la fois..., une Walkyrie ! Elle me regarde fixement et je me dis mais enfin, qu'est-ce qu'elle me veut ? Ce manège dure plus d'un mois et demi. C'est impressionnant. Un soir, elle vient jusqu'au piano et me murmure  :  Je veux vous parler... Nous allons prendre un verre. Là, elle me confie  :  Je n'ai aucun domicile à Paris. J'apprendrai par la suite qu'elle habite dans un appartement, rue Vitruve, avec sa mère et son frère. Comment ne pas être attendrie par son triste sort ? Mon mari a un atelier au-dessus de chez nous. Elle s'y installe pendant un an et demi. J'ai un point de repère assez particulier..., je me souviens de ma fille qui, à trois ans, lui répète inlassablement  :  Barbara, tu chantes faux ! Non seulement, poursuit France, Barbara a le goût du piano, mais, en plus, elle est fort douée ( on a envie de la pousser au maximum ) Très intuitive, avec un sens de la répartie décapant  :  un aigle. Bien plus tard, lorsqu'elle écrira L'Aigle noir, je la reconnaîtrai. Dès le début, elle se montre surdouée dans tous les domaines, une véritable extrémiste. Son humour est unique, et son mystère, fou. Elle a un sens exacerbé de sa valeur. Nous avons des fous rires inimaginables. Un soir je rentre de L'Ecluse plus tôt que prévu... Ce soir-là, nous parlons beaucoup, je lui demande  :  Qu'est-ce que tu veux faire plus tard de toi ? Elle me dit  :  Je veux être chanteuse, c'est sûr, je veux être chanteuse, je veux faire carrière... Olivier s'en mêle  :  Ecoute, je t'en supplie, il faut l'aider, fais-le pour moi... Emmène-la dans les cabarets où tu travailles, il faut qu'elle y arrive ! Je la présente à L'Ecluse, mais après sa première audition  "  malheureuse  "  rien à faire... ( elle est beaucoup trop grande, trop  "  énorme  "  pour notre cabaret, elle  "  occupe  " trop la scène ! ) J'insiste auprès de mes copains,  "  les patrons  " ( Léo Noël, Brigitte Saboureau, André Schlesser et Marc Chevalier )  :  Prenez-la en audition, au moins une semaine... C'est ainsi que Monique, flanquée du prénom de sa grand-mère russe, chante en première partie du spectacle toute une semaine sur le fameux piano droit que je connais bien, face au mur décoré par une bouée. Chaque soir, soixante-dix personnes ( la capacité maximale de L'Ecluse ) découvrent Barbara. Par la suite, France Olivia la présente à La Rose Rouge, rue de Rennes, un établissement plus important, plus vaste ( un petit théâtre ) Ensemnle, elles voient aussi La Fontaine des Quatre-Saisons, un cabaret dirigé par Pierre Prévert ( le frère de Jacques... ) Barbara rêve toujours de l'Opéra-comique ! Une anecdote piquante dont se souvient France, elle est engagée à La Fontaine... en tant que  "  plongeuse  "  situation saugrenue mais qui lui permet de côtoyer  "  par la petite porte  "  les grands de ce monde ! Quand Barbara se déchaîne, elle est passionnée... Un moment elle s'éprend de Dadzu, un petit bonhomme, charmant, plein d'humour. Folle amoureuse, elle tombe sur lui comme un oiseau de proie. Il habite vers la rue de Seine, un studio au septième étage..., le septième ciel ! Lorsqu'elle découvre l'étroite pièce sous les toits, elle décide de vivre avec l'humoriste. Dadzu, tout surpris...  : 
- mais c'est tout petit chez moi...
- ça ne fait rien,
répond Barbara, on s'aime ...!
Après deux jours et deux nuits...
- je suis bien, mais mon piano me manque.
ton piano
, s'étonne Dadzu, tu veux dire  "  un petit piano  " ?
Le lendemain, marche par marche dans un escalier infernal en colimaçon, un piano à queue est hissé par huit spécialistes jusqu'au septième étage ! Une aberration ! L'instrument installé, pas question d'accéder au coin cuisine. On n'entre plus dans le studio, on tombe sur le piano ! Qu'importe, les deux tourtereaux se faufilent. Au bout de huit jours, Barbara ne tient plus  :
- Dadzu, ce n'est pas possible de vivre comme ça, vraiment, ce n'est pas possible... je m'en vais !
- tu t'en vas..., mais ton piano ?
- je te le laisse en souvenir !
L'humoriste confiera  l'anecdote à ses amis, notamment à André Gaillard et Roger Pierre, compagnons de cabaret. Roger, malicieux, dévoilera l'histoire de  "  l'encombrant cadeau  "
Barbara ne pouvait pas vivre sans Dadzu, après elle ne pouvait pas vivre sans piano. Finalement, elle ne pouvait pas vivre du tout !


Extrait du livre

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Jeudi 6 août 2009 à 9:17

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Nous nous étions téléphoné pendant l'été, se souvient Michel Portal, le saxo de cristal de Pierre ...
J'avais une amitié assez particulière avec Barbara. On s'aimaient beaucoup. Lors de mon dernier appel téléphonique, elle ne m'avait rien dit de sa maladie, je ne me doutais de rien. L'année précédente, elle m'avait invité pour participer à son dernier disque mais je n'y suis pas allé  :  elle m'avait adressé Fatigue, par cassette. J'en était très touché. A cette période, je n'étais pas très bien, je n'avais pas osé rentrer là-dedans, je ne sais pas pourquoi... Cette chanson était très curieuse pour moi, un peu clef, un tournant. Je lui ai dit que je n'avais pas ma place dans ce morceau et que je n'osais pas le faire. Elle m'a écrit quelques mots  :  Je ne t'en voudrais pas, tu le fais ou tu le fais pas, mon chéri, je t'aime. Elle était l'extrême générosité, l'extrême enthousiasme, elle était la vie, la vigueur. Ensemble, nous parlions souvent de la solitude, nous sommes tous deux des solitaires. S'il fallait faire des recueils avec des dessins humoristiques, on marquerait pour nous  "  les solitaires  "  Pour d'autres,  "  les plaintifs  "  Nous parlions simplement de la solitude par rapport au Métier. Elle me disait souvent  :  Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Nous sommes des solitaires, mon chéri. Tu comprends, on ne peut pas faire ce métier et puis réaliser autre chose à côté. Mon chéri, tu étais fait pour vivre seul, toi aussi, on est là, comme ça, c'est la vie.
Barbara et moi, poursuit Michel Portal, nous parlions constamment de notre  "  mal de vivre  "  Personne ne la remplacera. Comme elle, je suis un musicien d'instinct. Quand on cherchait cette fragilité dans la chanson, c'était comme un murmure. Quand elle jouait, quand elle chantait, elle se basait sur une sensibilité extrême, aiguë. Avec mon saxophone, j'essayais de l'imiter. On aurait pu faire une chanson à nous deux, tout seuls. Elle avait aussi un amour caché pour la musique classique. Je ne lui ai jamais parlé de Mozart, de Chopin ou de Schubert. Sa façon de chanter était  "  classique  "  influence de ses études musicales. Depuis qu'elle a disparu, je n'ai pas bougé, je ne suis pas allé à l'enterrement, je suis paralysé. Je suis en colère contre la mort !

Michel Portal  ( Saxophoniste, Clarinettiste de jazz )

Mardi 4 août 2009 à 9:39

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Au moment de ses obsèques, j'ai essayé d'être le plus discret et le plus sobre possible par rapport à elle, parce que justement il y a toujours ce phénomène qui amplifie et répercute les réactions des uns et des autres. Ce que je peux apporter, c'est vraiment et uniquement le témoignage d'un  " fan "  de toujours, d'un maire à travers des rencontres. C'est vrai, dans le village, Barbara avait une place particulière, une relation avec les habitants qui était à la fois d'absence et de très grande présence. Elle avait un coeur d'or pour les enfants, les anciens du village. Elle a toujours participé aux actions qu'on voulait mener. Un jour, elle a donné carrément un mètre cube de préservatifs à distribuer aux jeunes ! Elle a vu des enfants pendant son spectacle, et elle voulait faire quelque chose pour les protéger. C'était il y a plusieurs années..., on n'a pas fini de les tristribuer ! C'était à la fois complétement démesuré tout en étant discret. Elle était toujours soucieuse de faire du bien. Elle accompagnait les plus petits à Paris  ( elle a financé des spectacles pour qu'on les y emmène ! )   Pendant des années à Précy, elle a participé aux cadeaux de Noël dans la plus grande discrétion. Je me suis rendu compte de la douleur que pouvait représenter pour elle le fait de vivre quand j'ai compris à travers l'histoire de son père la blesure profonde qu'elle portait en permanence. Je crois que ça a conditionné sa vie et orienté son écriture. Je retrouve la trace de cela dans énormémemnt de ses chansons. Ca nous a toujours frappés, bien qu'elle soit souvent  " accompagnée "  il émanait d'elle une très grande solitude. Barbara était une artiste exceptionnelle et en même temps quelqu'un de très fragile et de douloureux.

Yves Duteil   ( auteur compositeur et Maire de Précy sur Seine )

Vendredi 31 juillet 2009 à 7:55



<  Le bourreau  >


Le bourreau   ( E.Roda-Gil/Barbara )   ( 1972 )


Tendu de crêpe, au crépuscule,
Flanqué d'un grand noir majuscule,
Au zénith profond de minuit,
Il avance dedans la nuit,
Le bourreau, le bourreau,

Moi, je le nargue lentement,
Comme un jour d'hiver au printemps,
Comme la toute dernière gelée,
Sur l'avant-garde de l'été,
Ce bourreau, ce bourreau,

Car moi je vis, comme un printemps,
Qui en sait peu, qui ne sait pas,
Car moi je vis, comme un éclat,
De feu d'amour en feu de joie,
Et tant pis si de temps en temps,
Il neige un peu sur mes printemps,
Je sais bien que certains matins,
Il y a des fleurs de chagrin,

Flanqué de son grand M majuscule,
Tendu de crêpe au crépuscule,
Au zénith profond de mes nuits,
Il avance dedans ma vie,
Le bourreau, le bourreau,

Il connaît très bien son chemin,
Tous les chiens lui lèchent la main,
Il connaît très bien son chemin,
Tous les chiens lui lèchent la main,
Au bourreau, au bourreau,
Mais moi je vis, comme un printemps,
Qui sait très bien, qui prends son temps,
Mais je vis en attendant,
Le temps qu'il me reste de temps,

Et bien sûr, que de temps en temps,
Il a neigé sur mes printemps,
Mais je n'ai pas, dans mon jardin,
Que des fleurs couleur de chagrin,

Quand se pose le crépuscule,
Vêtue d'un grand noir majuscule,
Gantée d'un velours noir qui luit,
Moi, je m'en vais vivre ma vie,
Sans bourreau, sans bourreau,

Tout en le narguant lentement,
J'aurais cueilli tous mes printemps,
J'aurais vécu d'avoir aimé,
J'aurais tout pris, tout partagé,
Sans bourreau, sans bourreau,

Il peut venir au crépuscule,
Flanqué de son M majuscule,
Au dernier souffle de ma vie,
Il ne prendra qu'un corps sans vie,
Il ne prendra qu'un corps sans vie,
Le bourreau, le bourreau, le bourreau...

Jeudi 30 juillet 2009 à 8:45



<  Le minotaure  >


Le minotaure  ( F.Wertheimer/Barbara )  ( 1973 )


Dans le grand labyrinthe où je cherchais ma vie,
Volant de feu en flamme comme un grand oiseau ivre
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
J'ai cherché le vertige en apprenant à vivre

J'ai cheminé souvent, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant malade, envoûté par un charme

Dans ce grand labyrinthe, allant de salle en salle,
De saison en saison, et de guerre en aubade
J'ai fait cent fois mon lit, j'ai fait cent fois mes malles,
J'ai fait cent fois la valse, et cent fois la chamade

Je cheminais toujours, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes

Mais un matin tranquille, j'ai vu le Minotaure
Qui me jette un regard comme l'on jette un sort

Dans le grand labyrinthe où il cherchait sa vie,
Volant de feu en flamme, comme un grand oiseau ivre
Parmi les dieux déchus et les pauvres amis,
Il cherchait le vertige en apprenant à vivre

Il avait cheminé, les genoux sur la terre,
Le regard égaré, embrouillé par les larmes
Souvent par lassitude, quelquefois par prière,
Comme un enfant rebelle qui dépose les armes

Dans ce grand labyrinthe, de soleil en soleil,
De printemps en printemps, de caresse en aubaine
Il a refait mon lit pour de nouveaux sommeils,
Il a rendu mes rires et mes rêves de reine

Dans le grand labyrinthe, de soleil en soleil,
Volant dans la lumière, comme deux oiseaux ivres
Parmi les dieux nouveaux et les nouveaux amis,
On a mêlé nos vies et réappris à vivre...

Lundi 27 juillet 2009 à 8:18

 
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Et Barbara, que dit-elle sur elle-même, que dit-elle de Barbara ? Que sait-on de celle qui ose déclarer d'emblée à un journaliste venu l'interviewer : je n'ai pas envie de parler. D'un ton doux, sans provocation, d'une sincérité déconsertante qui donne plus envie encore de nous la rendre familière. Peu de choses en vérité. Barbara invite ceux qui cherchent à en savoir davantage sur elle à écouter ses chansons. Cela peut-il nous aider à mieux comprendre le pouvoir créateur de celle qui a bercé le mal de vivre de toute une génération dans le giron de ses chansons ? Le paradoxe avec Barbara naît justement de cette attention que l'on porte à ses chansons. Elle qui sait mettre des mots sur des choses que l'on est souvent soi-même incapable d'exprimer. Quand elle chante Le mal de vivre, c'est un peu comme si elle nous prenait la main, disant au delà des mots de la chanson : Viens, tu n'es pas tout seul à vivre cela, tu souffres, je sais cela. Et puis au bout, il y a l'espoir de s'en sortir, si tu cherches bien, de retrouver la joie de vivre. Ce qu'elle chante reflète tellement nos pensées que cela nous donne envie d'en savoir plus sur leur auteur, sur leur origine, leur naissance. Ce besoin d'intimité que le public ressent pour elle naît de cet amour-fusion, inexplicable en lui-même mais dont chacun voudrait détenir la clé. Barbara appartient à cette catégorie d'artistes que l'on aime pour eux-mêmes et dont on voudrait être toujours proche.
Il n'y a sans doute pas d'autre mystère à percer. Barbara se situe dans le pays de l'art où l'exégèse de la création ne peut pas en dire davantage. Aujourd'hui nous sommes face à l'oeuvre d'une visionnaire, face à un tout dont les fils ne peuvent plus être démélés. Barbara chantait déjà pour le XXIème siècle. Et si elle a si bien su parler de la vie, c'est parce qu'elle se projetait dans un avenir qui laisse toujours la porte entr'ouverte parce que comme elle l'a écrit, demain Le jour se lève encore.

Didier Millot  ( Auteur )

Lundi 20 juillet 2009 à 9:31




<  Tu ne te souviendras pas  >


Tu ne te souviendras pas  ( Barbara/Barbara )  ( 1962 )



Tu ne te souviendras pas
De cette nuit où l'on s'aimait,
Toutes les nuits cahin-caha
S'effeuillent au calendrier

Tu ne te souviendras pas
De mon visage, de mon nom,
Les marionnettes d'ici-bas
Font trois petits tours et puis s'en vont

Tu ne te souviendras pas
Du vent, des algues, de cette plage
De ce silence, de notre émoi
Quand se sont mêlés nos visages

Tu ne te souviendras pas
Nous étions là, émerveillés,
J'ai glissé un peu contre toi
Contre toi tu m'as entraînée

Tu ne te souviendras pas,
De nos corps couchés sur le sol,
Les corps s'enfoncent comme les pas
Dans le sable où le vent les vole

Tu ne te souviendras pas
Doucement, la nuit s'est penchée
Traînant dans son manteau de soie
Des morceaux de ciel étoilé

L'amour nous menait en voyage
Longtemps nous avons navigué,
La mer se cognait au rivage
Dans tes yeux je me suis noyée

L'amour nous menait en voyage
On s'est aimé, on s'est aimé,
Qu'il fut merveilleux le naufrage
Quand dans tes bras j'ai chaviré

Passent les jours, file le temps
S'égrènent les calendriers,
Brûle l'été, soufflent les vents,
Moi, je ne peux rien oublier

J'attends sur la plage déserte
Et je vis le creux du passé,
Je laisse ma porte entrouverte
Reviens, nous pourrons la fermer

Tu ne te souviendras pas
De cette nuit où l'on s'aimait
Toutes les nuits cahin-caha
S'effeuillent au calendrier

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