Jeudi 6 août 2009 à 9:17

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Nous nous étions téléphoné pendant l'été, se souvient Michel Portal, le saxo de cristal de Pierre ...
J'avais une amitié assez particulière avec Barbara. On s'aimaient beaucoup. Lors de mon dernier appel téléphonique, elle ne m'avait rien dit de sa maladie, je ne me doutais de rien. L'année précédente, elle m'avait invité pour participer à son dernier disque mais je n'y suis pas allé  :  elle m'avait adressé Fatigue, par cassette. J'en était très touché. A cette période, je n'étais pas très bien, je n'avais pas osé rentrer là-dedans, je ne sais pas pourquoi... Cette chanson était très curieuse pour moi, un peu clef, un tournant. Je lui ai dit que je n'avais pas ma place dans ce morceau et que je n'osais pas le faire. Elle m'a écrit quelques mots  :  Je ne t'en voudrais pas, tu le fais ou tu le fais pas, mon chéri, je t'aime. Elle était l'extrême générosité, l'extrême enthousiasme, elle était la vie, la vigueur. Ensemble, nous parlions souvent de la solitude, nous sommes tous deux des solitaires. S'il fallait faire des recueils avec des dessins humoristiques, on marquerait pour nous  "  les solitaires  "  Pour d'autres,  "  les plaintifs  "  Nous parlions simplement de la solitude par rapport au Métier. Elle me disait souvent  :  Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Nous sommes des solitaires, mon chéri. Tu comprends, on ne peut pas faire ce métier et puis réaliser autre chose à côté. Mon chéri, tu étais fait pour vivre seul, toi aussi, on est là, comme ça, c'est la vie.
Barbara et moi, poursuit Michel Portal, nous parlions constamment de notre  "  mal de vivre  "  Personne ne la remplacera. Comme elle, je suis un musicien d'instinct. Quand on cherchait cette fragilité dans la chanson, c'était comme un murmure. Quand elle jouait, quand elle chantait, elle se basait sur une sensibilité extrême, aiguë. Avec mon saxophone, j'essayais de l'imiter. On aurait pu faire une chanson à nous deux, tout seuls. Elle avait aussi un amour caché pour la musique classique. Je ne lui ai jamais parlé de Mozart, de Chopin ou de Schubert. Sa façon de chanter était  "  classique  "  influence de ses études musicales. Depuis qu'elle a disparu, je n'ai pas bougé, je ne suis pas allé à l'enterrement, je suis paralysé. Je suis en colère contre la mort !

Michel Portal  ( Saxophoniste, Clarinettiste de jazz )

Lundi 3 août 2009 à 8:29



<  La solitude  >


La solitude   ( Barbara/Barbara )   ( 1965 )


Je l'ai trouvée devant ma porte
Un soir que je rentrais chez moi
Partout, elle me fait escorte
Elle est revenue, la voilà,
La renifleuse des amours mortes
Elle m'a suivie pas à pas
La garce, que le Diable l'emporte
Elle est revenue, elle est là.

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes,
Et de longues nuits désolées,
La garce, Elle nous ferait même
L'hiver au plein cœur de l'été.

Dans ta triste robe de moire,
Avec tes cheveux mal peignés
T'as la mine du désespoir,
Tu n'es pas belle à regarder,
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l'ennui,
Je n'ai pas le goût du malheur
Va t-en voir ailleurs si j'y suis.

Je veux encore rouler des hanches
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m'en payer, des nuits blanches
A cœur qui bat, à cœur battant
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier,
Je veux encore dire "je t'aime"
Et vouloir mourir d'aimer.

Elle a dit : Ouvre-moi ta porte
Je t'avais suivie pas à pas,
Je sais que tes amours sont mortes
Je suis revenue, me voilà
Ils t'ont récité leurs poèmes
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine
Eh bien c'est fini, maintenant.

Depuis, elle me fait des nuits blanches
Elle s'est pendue à mon cou,
Elle s'est enroulée à mes genoux
Partout, elle me fait escorte,
Et elle me suit, pas à pas,
Elle m'attend devant ma porte,
Elle est revenue, elle est là,

La solitude, la solitude...

Lundi 27 juillet 2009 à 8:18

 
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Et Barbara, que dit-elle sur elle-même, que dit-elle de Barbara ? Que sait-on de celle qui ose déclarer d'emblée à un journaliste venu l'interviewer : je n'ai pas envie de parler. D'un ton doux, sans provocation, d'une sincérité déconsertante qui donne plus envie encore de nous la rendre familière. Peu de choses en vérité. Barbara invite ceux qui cherchent à en savoir davantage sur elle à écouter ses chansons. Cela peut-il nous aider à mieux comprendre le pouvoir créateur de celle qui a bercé le mal de vivre de toute une génération dans le giron de ses chansons ? Le paradoxe avec Barbara naît justement de cette attention que l'on porte à ses chansons. Elle qui sait mettre des mots sur des choses que l'on est souvent soi-même incapable d'exprimer. Quand elle chante Le mal de vivre, c'est un peu comme si elle nous prenait la main, disant au delà des mots de la chanson : Viens, tu n'es pas tout seul à vivre cela, tu souffres, je sais cela. Et puis au bout, il y a l'espoir de s'en sortir, si tu cherches bien, de retrouver la joie de vivre. Ce qu'elle chante reflète tellement nos pensées que cela nous donne envie d'en savoir plus sur leur auteur, sur leur origine, leur naissance. Ce besoin d'intimité que le public ressent pour elle naît de cet amour-fusion, inexplicable en lui-même mais dont chacun voudrait détenir la clé. Barbara appartient à cette catégorie d'artistes que l'on aime pour eux-mêmes et dont on voudrait être toujours proche.
Il n'y a sans doute pas d'autre mystère à percer. Barbara se situe dans le pays de l'art où l'exégèse de la création ne peut pas en dire davantage. Aujourd'hui nous sommes face à l'oeuvre d'une visionnaire, face à un tout dont les fils ne peuvent plus être démélés. Barbara chantait déjà pour le XXIème siècle. Et si elle a si bien su parler de la vie, c'est parce qu'elle se projetait dans un avenir qui laisse toujours la porte entr'ouverte parce que comme elle l'a écrit, demain Le jour se lève encore.

Didier Millot  ( Auteur )

Vendredi 17 juillet 2009 à 8:39

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La paix


La paix ! Son grand souci, sa grande cause politique, la seule qu'elle ait vraiment chantée, sans slogan et sans naïveté, mais avec une profonde humanité. Barbara a dit la paix parce qu'elle savait la guerre et qu'elle ne doutait pas que celle-ci pourrait de nouveau, demain, déchirer les hommes et les pays.
Alors, elle a fait ce qu'elle a pu  : elle a chanté. Pas des centaines de textes, mais quelques-uns  :  Perlimpinpin, Le soleil noir. Des mots précis, lucides, loin des grands discours et des champs de bluets. Elle a chanté, honteuse parfois tant elle se sentait impuissante, indécente. Ca me donne honte d'exister. [ ... ]  Vous me voyez en train de faire la la la en face de tout cela ? [ ... ]  Elle le fit pourtant, et elle le fit bien, parce qu'elle ne joua jamais les donneuses de leçons. Ses chansons engagées étaient des chansons d'amour. Et s'il en est une entre toutes emblématiques c'est bien sûr Göttingen  : chanson de pardon et de réconciliation, écrite et composée par une Juive vingt ans à peine après la fin de la guerre. A l'époque, cela n'avait rien d'anodin, et certains ont eu du mal à accepter  : trop tôt, trop frais, trop douloureux encore.
Mais Barbara avit décidé.

Valérie Lehoux 
( Journaliste à Radio France Internationale et à Télérama )

Jeudi 16 juillet 2009 à 8:29

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Ma mère m'avait offert pour mes dix-sept ans Le portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde. Ce cadeau m'avait enchantée et, venant d'elle, bouleversée. Premier déclic.
J'avais connu, pendant que je vivais encore  " à Vitruve " un étudiant grec de forte et troublante personnalité et qui faisait des études de criminologie. C'est lui qui m'initia à André Breton, Maïakovski, Louis Aragon, Paul Eluard, Queneau, Desnos, etc. Je me promenais avec les livres qu'il m'offrait. Je les ouvrais et les touchais comme pour en caresser les mots. J'allais au quartier Latin hanter les vieilles librairies de la rue Monsieur-le-Prince ou de la rue de l'Odéon, où flottaient odeurs et poussières de grimoires, de reliures de cuir repoussé à la feuille d'or, de feuilles jaunies couvertes de taches de son. J'aimais me perdre seule dans ces lieux de pénombre et y reniflais les mots, les savourais. Je grimpais aux echelles de bois, faisait glisser les vitres coulissantes. Les livres m'intimidaient, m'émouvaient, me faisaient rêver...
Je commençai bientôt à lire Genet, Jouve, Proust, Maurice Sachs, Baudelaire, Max Jacob, Colette. Plus tard, Les iluminations de Rimbaud, Georges Bataille et Céline.
Il me semblait que je ne retenais rien de ce que je lisais. Je dévorais avidement des mots, des pages, des espaces. Je rencontrais des personnages légendaires, traversais les siècles, m'enroulais dans les spirales de la folie, de l'étrange, de l'horreur, m'engloutissais dans les profondeurs de ces nuits d'asphalte. Et puis, brusquement, j'ai cessé de lire.
Je n'ai plus lu.
Rien, plus rien du tout !
J'ai oublié que j'avais lu.
Oublié.
En fait, les mots, au lieu de rester dans ma mémoire visuelle, se sont agglutinés dans ma mémoire tactile, et, aujourd'hui, je sais que ce sont ces mots-là qui bougent au bout de mes doigts, qui cherchent à sortir du bout de mes doigts, de tout mon corps.
En chantant, je retrouve cette sensation de mots jadis avalés, déglutis, engloutis, qui remontent douloureusement par ma gorge avant que je ne les exhale avec violence ou douceur dans une chanson. Comme il est expliqué dans Lily Passion ( spectacle avec G.Depardieu ) :

Et les mots qui sortent de ma gorge, je ne les connais pas :
des mots qu'on a plantés là, des mots qui me font mal et qui m'étouffent :
alors je les crie, je les vovis pour pouvoir respirer, pour vivre...

C'est ce qui se passe justement ce jour là  " à Rémusat " : les mots se pressent au bout de mes doigrs, j'ai envie t'écrire !
Je crois que c'est alors que je commence Le temps du lilas :

Il a foutu le camp, le temps du lilas
Le temps de la rose offerte
Le temps des serments d'amour
Le temps des toujours, toujours
Il m'a plantée là, adieu Berthe
Si tu le vois, ramène-le-moi
Le joli temps du lilas

Avant qu'il me quitte pour me planter là
Qu'il me salue, adieu Berthe
J'en ai profité, t'en fais pas pour moi
Du joli temps du lilas...

Extrait du livre de Barbara Il était un piano noir...

Lundi 25 mai 2009 à 7:34

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Il faudra des années à Barbara pour accepter de regarder sa voix en face. En 1993, elle parle librement de ce sujet douloureux :  
" Alors, la voix ! Evidemment, elle vieillit, d'ailleurs, c'est vrai que j'ai eu à un moment la voix qui s'est cassée ( En 1984, deux ans avant les représentations de Lily Passion, avec Gérard Depardieu , l'idée lui est même venue de mettre en scène une chanteuse aphone ) et qui, bizarrement, revient maintenant. Bon, alors, il faut aller " avec " il ne faut pas aller " contre " les choses. Quand, par exemple, on entre en scène, on se sent très laid, ça peut arriver, des soirs, bien que la scène rende beau, et bien, il ne faut pas aller " contre " cette laideur, il faut aller " avec " soi, parce que, si on ne s'accepte pas dans cet instant-là, on va pas passer, il faut aller " comme ça " Je dirais même, peut-être, accentuer cette chose, plutôt que d'essayer de la masquer.
Tu peux tout faire sur une scène...
Si tu fais frire des œufs, et que vraiment les gens arrivent à en sentir l'odeur et les manger, c'est bon.
Si tu fais frire des œufs et qu'il n'y a pas d'odeur... ça va pas. "

Cette déclaration illustre parfaitement l'immense intelligence artistique et l'intuition psychologique dont Barbara était dotée. Plus qu'une leçon de théâtre, elle nous donne ici une leçon de vie dont on peut tirer l'enseignement suivant : il nous faut considérer, respecter et dompter ses faiblesses et ses maux, afin de les mettre en scène plutôt que de les subir. Il est certain que Barbara adopta cette conduite, sans doute à la ville, mais surtout sur scène. Ayant parfaitement intégré ses douleurs physiques aussi bien que ses faiblesses vocales, Barbara possédait le grand art de farder ses blessures en y ajoutant plus de rouge-sang. Ainsi, ne sachant plus s'il s'agissait d'une couleur réelle ou d'un maquillage, personne ne pouvait se sentir mal à l'aise à l'audition d'une note approximative ou d'un souffle déchiré. L'intelligente ! Elle savait puiser dans ses défaillances son grand art de la dramaturgie. Tout le talent de Barbara tient à son génie de la théâtralité.

Alain Wodrascka  ( Auteur ) 

Jeudi 21 mai 2009 à 7:00

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Ma mère me chantait sa Petite cantate. Je la trouvais magique, un peu morbide, merveilleuse. J'étais sensible à son côté slave. Je n'ai longtemps écouté qu'elle et la chanson anglaise. Ado, j'ai refusé d'aller la voir au Châtelet. Je m'en suis toujours voulu. Plus tard, j'ai acheté le DVD :  la splendeur de Barbara, la beauté de la salle, l'ambiance électrique... Tout m'a donné envie de chanter là, et d'y faire un spectacle assez dépouillé. Je l'ai fait, en octobre 2006. Puisque j'étais là à cause d'elle, je devais la chanter. Mais j'ai du mal  :  j'y perds mon souffle, j'ai la gorge serrée, des sanglots montent. J'ai parlé d'elle avec Bernard Lavilliers, avec Jean-Louis Aubert qui l'ont connue. Jean-Louis m'a raconté qu'elle voulait que chaque minute soit intense, qu'il y avait un tourbillon artistique autour d'elle... Ca manque, des êtres comme elle qui fédèrent, qui génèrent. Il y a une grâce totale dans ses enregistrements des années 1960, juste dans le son : on entend ses lèvres, son souffle, la pression de l'air. On entend ce qu'il y a de miraculeux dans cette voix, qui l'était toujours même brisée, dans les années 1980. Elle allait haut, très haut...

Raphaël   ( Chanteur )

Vendredi 15 mai 2009 à 9:52



<  Qui est Qui  >

Une des chansons du spectacle  " Lily Passion "


 
Qui est Qui  ( Barbara.L.Plamondon/Barbara )  ( 1986 )
 
De quelle nouvelle Babylone
Viennent ces belles amazones
Avec leurs franges sur le front ?
Sont-ce des anges ou des démons ?
Qui sont-ils ou qui sont-elles
Sous leurs faux-cils sous leurs jarretelles,
Sous leur poitrine de silicone,
Perruques platines et lèvres chaudes,
Sous leurs tignasses incandescentes,
Leurs robes de strass phosphorescentes,
Talons aiguilles et bas résilles
Comme des filles de pacotille
Qui est qui ?
Parmi tous ces travestis,
Cherchez la femme.
Qui est qui ?
On ne sait plus qui on suit
Quel programme.
Qui est qui ?
Peu importe notre anatomie,
Ce qui compte, c'est ce qu'on nous a mis
Au fond de l'âme
Qui est qui ?
Qu'est-ce que ça peut faire, au fond d'un lit,
La nuit, tous les chats sont gris
Qu'est-ce qui fait le plus mal,
Quand on est animal,
Etre mâle ou femelle,
Qu'est-ce qui fait le plus mal
Et où est l'anormal ?
Etre un il ou une elle ?
Une elle sur une île ?
Ou un il sous mon aile ?
Qui est qui ?
Parmi tous ces travestis,
Cherchez la femme.
Qui est qui ?
On ne sait plus qui on suit,
Quel programme
Mais pourquoi semer la zizanie
Dans ce monde où tout est harmonie
Finissons la comé comé comédie
Vous avez gagné votre pari
Je suis la femme,
La femme,
La femme,
Suivez-moi,
Suivez-moi
Je suis femme
La femme...

Mercredi 13 mai 2009 à 8:32

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Elle est venue un peu tard dans ma vie. Je suis loin de tout connaître d'elle ; j'ai envie de la découvrir peu à peu, comme si elle était encore vivante. Sa voix, d'abord : elle a un calme rare, dont on dirait qu'il vous regarde droit dans les yeux, et qui met du silence dans son piano. Un calme qui contient une fièvre : elle sait s'emporter, tout en gardant l'élégance de ne pas dévoiler l'étendue de sa colère, de ses blessures, de parler de l'horreur tout en n'en parlant pas. Dans Le mal de vivre, dans Mes insomnies, il y a toujours une éclaircie. Et puis ses mots, leurs parfums d'herbe et de mousse...Au bois de Saint-Amand résonne de rires, du bonheur de l'instant. On sent la forêt, on voit une femme marchant pieds nus... Et puis ses notes, d'une grande précision, comme des lames, et parfois caressantes, et parfois laissant entrevoir quelque chose de sauvage... Entre sa voix, ses mots, ses notes, il y a une alchimie. Aucun décalage entre ce qu'elle dit, et ce qu'elle dit mélodiquement : c'est rond, homogène. Elle et son piano, c'est un duo d'amour. On y entend que c'est une femme de plaisir, que l'amour, chez elle, c'est aussi l'amour de la sensualité. Elle chante  " je n'ai pas la vertu des femmes de marin ", mais c'est elle le marin, elle la vagabonde. C'est la beauté de sa féminité : elle est libre. Quand elle chante, elle est maître du temps. Nous, pas toujours. Elle retient les notes, les suspend, les prolonge. Le temps, quand on chante, on l'orchestre, mais parfois, on ne sait pas ce qui se passe. Elle, j'ai l'impression qu'elle sait. Il y a dans son chant la plénitude de l'instant partagé entre elle et nous. On vient dans son histoire, elle nous accompagne dans la nôtre, parfois dans l'inconnu de nous. Et ce n'est jamais impudique. Je ne me vois pas interpréter Barbara, même si je la chante chez moi... Je préfère la découvrir, regarder resplendir l'étrange beauté de son visage, de son animalité, de sa noblesse.
 
Daphné  ( Chanteuse )

Mardi 12 août 2008 à 12:54

 

 Le mal de vivre  (Barbara/Barbara )  ( 1965 )
 

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins.

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre.

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C'est pas forcément la misère
C'est pas Valmy, c'est pas Verdun
Mais c'est les larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient.

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre.

Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
Qu'on soit de Londres ou de Pékin
Qu'on soit d'Egypte ou bien d'Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin,
Qu'il est long lorsqu'il faut le faire
Avec son mal au creux des reins
Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus.
Alors seuls dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus.

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre.

Et sans prévenir ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là ça vous émerveille
Au creux des reins.

La joie de vivre
La joie de vivre
Oh viens la vivre
Ta joie de vivre.
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