Jeudi 14 août 2008 à 7:59

Publié par Mybabou

Mercredi 13 août 2008 à 8:27

 

Adolescent, j'écoutais son album à la rose, Barbara chante Barbara. Ma musique, c'était pourtant le rock, mais la musique de son écriture... Cette mystique de l'attende... On attend tout le temps, dans ses chansons. Étudiant, je suis allé la voir à Pantin. C'était la première fois, c'était 1981, année euphorique, et Barbara... diva. Rockeuse. J'ai pris une claque. Après, quand j'ai commencé à travailler dans le disque et que je suis arrivé chez Philips, on a douché mes rêves de fan : " Elle ne fait plus rien "  En 1995, je suis devenu président du groupe Polygram. Elle m'a appelé, elle parlait très vite, avec une voix de petite fille, une voix d'ange. " Je vais faire un nouvel album, venez me voir. "  Me voilà parti pour Précy. Perdu dans la campagne, j'arrive en retard. Sur sa porte, un mot : " Monsieur le président, vous êtes à l'heure, un album. Un quart d'heure de retard : neuf titres. Une demi heure : six. Trois quarts d'heure : trois " ... Je rencontre enfin cette femme, grande, tout habillée de blanc, drôle, folle, frappadingue. Je lui dis que j'aimerais entendre quelques nouveaux titres, elle se met à son piano électrique tout pourri et me fait un vrai show, le bras en l'air, formidable. J'ai eu le malheur de lui donner mon numéro à la maison. Or, c'est quelqu'un qui se lève tôt, Barbara.  " Allô ? J'ai vu la dernière photo de Johnny, ses cheveux c'est pas possible, vous le lui direz de ma part, je vous embrasse. "  La relation avec elle avait quelque chose de tendre. D'unique. Cette maîtresse femme était restée enfant. Au studio, c'était une pile électrique. Quand elle est tombée malade, elle m'a téléphoné de l'hôpital : " Ils ne peuvent pas me laisser mourir, ça leur ferait de la mauvaise publicité, je vous embrasse. "  Dans son lit, elle écoutait les mixages, tyrannisait l'ingénieur du son. Après son retour au studio, le dernier jour, Jean-Yves Billet m'appelle : " Elle est en train de tout rechanter ! "  J'arrive et je la vois au piano, en sueur, refaisant toutes ses voix. C'était le jour de l'éclipse lunaire... L'album est sorti, grand succès. Dès notre première conversation, Barbara m'avait prévenu : " Je ne ferai pas de promo.  -  Pas même un petit reportage, pour votre premier disque depuis quinze ans ?  -  Ah oui, en effet, un album tous les quinze ans ! "  Elle a ri. " Quand même, une télé ?  -  Non. PPDA qui annonce la mort de trois cents enfants, et moi qui chante, non  -  Pas un 20 heures alors, une émission ?  -  Je ne veux pas qu'on me voie à la télé. Ou alors, de dos, dans le noir.  -  C'est de la radio, ça, Barbara... "  Elle a fait de la radio. Après, on s'appelait régulièrement, je passais à Précy ; je lui ai proposé l'idée d'une compilation. Elle a choisi les titres, la photo de la pochette. Elle m'a lu quelque pages de ses mémoires. C'était l'été. Mi-novembre, elle m'appelle, contente de la compil.  " Je vais venir vous voir dans vos nouveaux bureaux, dire bonjour à l'équipe, on va se faire la fête ! "  Rendez-vous est pris le jeudi, à 11 heures.  -  Le jeudi, à 11 heures j'étais à son enterrement. -  Barbara, tu en parles avec émotion, mais avec le sourire. Quand tu as aimé une artiste à 15 ans et que tu as la chance de bosser avec elle, c'est cadeau. Une icône gay ? C'en est une, en effet, comme Zazie, chez qui j'ai retrouvé cet optimisme au quotidien, et ce pessimisme fondamental. Barbara et elle sont des garçons manqués, certains de leurs textes sont des textes de mecs. L'indépendance, l'attente, l'absence, la mélancolie métaphysique, le joyeux et le sombre... Tu ris pour oublier le reste. Ça, ça touche. Les paillettes, le mal de vivre, la joie de vivre...

Pascal Nègre
   ( Producteur )

Publié par Mybabou

Mardi 12 août 2008 à 12:54

 

 Le mal de vivre  (Barbara/Barbara )  ( 1965 )
 

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins.

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre.

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C'est pas forcément la misère
C'est pas Valmy, c'est pas Verdun
Mais c'est les larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient.

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu'il faut bien vivre
Vaille que vivre.

Qu'on soit de Rome ou d'Amérique
Qu'on soit de Londres ou de Pékin
Qu'on soit d'Egypte ou bien d'Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin,
Qu'il est long lorsqu'il faut le faire
Avec son mal au creux des reins
Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n'en peut plus.
Alors seuls dans le silence
D'une nuit qui n'en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n'en sont pas revenus.

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu'ils devaient vivre
Vaille que vivre.

Et sans prévenir ça arrive
Ça vient de loin
Ça c'est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C'est presque rien
Mais c'est là ça vous émerveille
Au creux des reins.

La joie de vivre
La joie de vivre
Oh viens la vivre
Ta joie de vivre.