Vendredi 14 août 2009 à 9:01

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La semeuse de refrains est une amoureuse. Exaltée et volage, amante passionnée et victime consentante. Elle n'imagine pas que l'amour puisse être tiède, qu'il lui soit autorisé de s'éroder lorsqu'il se frotte aux habitudes et au temps. Elle se veut livrée entière à la chaleur de la brûlure, à la douleur de ses morsures. Hubert la découvre un soir à L'Ecluse et leur amour prend comme un feu d'été, indomptable et exubérant. Elle voudrait être certaine qu'il l'aime, le lui réclame jusqu'à plus soif. Quand son diplomate la quitte pour retourner à Abidjan où il vit à mi-temps, elle se désarticule, se dévitalise. Elle chante à minuit et attend un signe tout le reste du jour  :  une poignée de mots cachetés, un coup de fil, ou qu'il pousse une porte. Lorsqu'il reparaît, les jours ne sont plus assez longs pour contenir tant d'amour. Il s'échappe à nouveau, l'exhorte à le rejoindre. Ils ont des orages. Barbara, féline, rentre ses griffes et ses violences. Elle se fait petite et douce aux heures de l'amour mais bondit soudain, pareille au cabri. Elle chatouille la quiétude du moment pour lui donner quelque fulgurance, tire sur ses liens pour en garder aux poignets la trace rougeoyante et douloureuse. L'assurance de se sentir vivante, infiniment aimée et désirée. J'ai besoin d'être dominée, je crois, comme beaucoup d'entre nous. Moi, j'ai besoin d'avoir constamment au poignet un bracelet d'argent cerclé, d'esclave. Parce que l'absence d'Hubert est un poison dans ses veines, elle convainc finalement les patrons de L'Ecluse de la laisser s'échapper un temps pour se rendre en Côte-d'Ivoire. Il n'est pas question de dépendre de lui, et encore moins de ne pas chanter, aussi la proposition d'engagement de Jo Attia, qui vient d'ouvrir un cabaret à Abidjan, tombe-t-elle à point nommé. Le Refuge, c'est un peu Chicago en pleine Afrique avec son lot de brigants bien sapés et de réglements de comptes à l'emporte-pièce. Ici les hommes ont le sang chaud, et c'est bien étrange de faire chanteuse entre une danseuse du ventre et une strip-teaseuse. Il y a aussi les soirées des nantis, blanc, bien sûr, qui contemplent leurs nombrils et leurs riches atours, et toutes ces femmes qui battent des cils sur le passage d'Hubert et qui, pire, réclament à Barbara une chanson, ce dont elle ne leur fera jamais la grâce. Ce spectacle pathétique lui porte au coeur et elle enrage de se nier de la sorte, même par amour. L'Ecluse la rapelle, elle laisse Hubert mais s'en va avec la promesse qu'il la rejoindra dans quelques semaines. Les arbres se dépouillent de leurs cheveux d'été, le ciel s'alourdit et se grise, et lui qui ne revient pas... L'absence est une maladie terrible, une lèpre qui grignote l'âme.

Je vais, je viens, je vire, je tourne et je me traîne. (...)
Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de toi.

Face à son piano, Barbara met en forme le manque qui l'assaille. Elle cisèle un lamento dont les aigus sont pareils aux pics qu'elle porte plantés dans le coeur. Dis, quand reviendras-tu ? demande-t-elle à Hubert alors qu'elle lui fait écouter sa chanson par téléphone, avec en prime la menace d'un ultimatum qui a le mérite d'être limpide.

Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs. (...)
J'irai me réchauffer à un autre soleil.
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marin.

La déclaration d'amour est de taille. Hubert revient. Il obtient d'elle qu'un temps elle ne succombe à l'appel d'aucun piano. Il la veut pour lui seul. Elle rôde autour de son instrument et tient bon. Elle flanche finalement dans le hall d'un hôtel, il ne décolère pas, elle le rattrape encore. Hubert doit regagner Abidjan, mais avant il met sa belle à l'abri. Au 14, rue de Rémusat, dans le seizième arrondissement, tout près du pont Mirabeau. Son Rémusat est dans les nuages  :  un septième ciel-étage sur terrasse, avec un beau salon où trône le piano à queue et une chambre bleu nuit. C'est beau le bleu, c'est couleur de repos, de paix. Hubert continu d'aller et venir. Barbara se défend d'avoir la vertu des femmes de marin ; pourtant elle veille comme telle, son piano et son magnéto pour seuls compagnons. Il propose de ne plus repartir si elle renonce à sa vie de chanteuse. Les mots d'amour, ceux d'humour, les souffles caressants entre deux notes, les sourires complices et le grand frisson quand vient le rendez-vous de minuit, il ne les partagera plus. Elle doit choisir entre lui et son amant de mille bras - son public.Elle aurait bien aimé être sa danseuse, une cocotte poudrée et docile dans un salon aux murs de soie tendue. Elle aurait bien aimé vivre alanguie dans sa chambre bleu nuit, à attendre son retour. Mais elle brûle d'un autre feu. En elle tourbillonnent des chansons. C'est triste Rémusat depuis qu'il n'y a plus l'espoir d'y voir Hubert. Toutefois, ils ne se quittent pas fachés. Elle lui a offert une chanson, il lui laisse le mobilier. Quand ses solitudes manquent de la faire se jeter par-dessus bord, elle s'arrime et se sangle à son piano-vaisseau. C'est alors une aventure merveilleuse, un voyage épatant. La liberté est un luxe qui se paie cher. Qu'importe... Barbara n'a pas le sens de l'économie !

Quand on aime un homme, mieux vaut se quitter quand l'amour est à son maximum. Rien n'est plus atroce que ces amours qui meurent lentement, qui se dégradent. De toute façon, un homme ne peut pas faire une vie. J'ai brisé un amour par amour du public et de la scène, car ce métier vous permet de faire du bien, de donner de l'amour à mille personnes en un soir. Vous comprenez ? D'ailleurs, un homme n'accepte pas que sa femme qu'il aime se  "  déshabille  "  tous les soirs devant mille personnes.

D'autres hommes viendront l'aimer. De passage, par intermittence, passionnément... Mais la passion de chanter est plus forte que celle de former un couple.

J'ai passé plus de nuits à chanter
Que de nuits dans les bras d'un homme.


Extrait du livre

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Mercredi 12 août 2009 à 10:32



<  Eglantine  >



Eglantine   ( Barbara/Barbara )   ( 1972 )


Dans la grande maison d'Eglantine
Les volets se sont fermés
Dans le matin léger, Eglantine
Pour toujours, s'en est allée,
Pour toujours, s'en est allée
Et l'enfant veuf,
Superbe dans ses habits de velours,
L'enfant veuf
Pleure sur son premier chagrin d'amour

Nous n'irons plus jamais
Dans les grandes allées qu'elle aimait
Pour cueillir en bouquet
Les roses transparentes de mai

Sur son ombrelle
Ma fiancée
Quelle était belle
Je l'avais toute à moi
Ma mie, ma divine

Elle riait de ses bavardages
Et partageait ses secrets
Elle disait " mon enfant sauvage
Mon chéri, mon adoré,
Mon tout petit fiancé "

Contre cent mille
Sans épée, sans chevaux et sans armée
Pour Eglantine
Il guerroyait des caves aux greniers
De la cuisine offerte
Montaient l'odeur du pain grillé,
Le goût des pommes vertes
Mêlés aux myrtilles écrasées
Dans le jardin
Sa fiancée
Qu'elle était belle
Sa tendresse
Sa mie, sa divine

Dedans le grand salon d'Eglantine
Les roses sont effeuillées
Sur le piano, quelques sonatines
Commencées, inachevées,
Commencées, inachevées
Et l'enfant triste,
Superbe dans ses habits de velours,
L'enfant triste,
D'un doigt, rejoue la valse des amours

Sous le lustre en cristal
Elle le berçait dans ses bras
C'était son premier bal
C'était hier et c'est loin déjà

Sous sa dentelle
Sa fiancée
Qu'elle était belle
Ils ne danseront plus jamais
Plus jamais

Dans la grande chambre d'Eglantine
L'enfant s'est agenouillé
Sur le lit blanc, repose Eglantine
Il a posé un baiser
Au bout de ses doigts glacés
Le pays où tu vas,
Où l'on ne va pas quand on est petit,
Le pays des parents
Où j'irai aussi quand je serai grand

Aura-t-il des prairies,
Des chevaux blancs,
Est-ce loin, ce pays
Oh, emmène-moi,
Dis, grand-mère ?

Sur la grande maison d'Eglantine
Le portail s'est refermé
C'est fini, fini, Eglantine
Pour toujours s'en est allée,
Pour toujours s'en est allée
A pas lents,
Derrière les grands chevaux de velours,
Un enfant
Pleure sur son premier chagrin d'amour

Oh, ma grand-mère,
Comme je l'aimais
Sous sa dentelle
Ma fiancée
Qu'elle était belle
Oh, grand-mère,
Pourquoi m'as-tu quitté ?

Sur la grande maison d'Eglantine
Le portail s'est refermé,
Le portail s'est refermé...

Mardi 11 août 2009 à 8:56

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Barbara occultera les moments douloureux pour ne se souvenir que de l'ambiance chaleureuse qui régnait sur le petit monde des prostituées, des voyous et autres maquereaux. Au moment où Jacques Brel enregistre son premier disque Philips, Barbara va où le vent la mène, et flirte avec les situations dangeureuses. L'insouciance de la jeunesse, avec pour seul but, chanter et chanter encore ! Un soir, dans un cabaret où elle se produit, elle va trouver le patron, un  "  caïd  "  qui maltraite son personnel, les artistes, surtout une certaine danseuse  :  
Je te préviens, je ne chante pas ce soir si tu ne donnes pas ce que tu dois à cette fille !
Quand j'y pense...,
avouera-t-elle plus tard à Serge Tomassi, futur complice musical, j'aurais pu me faire massacrer ! Mais il était hors de question de laisser faire ce voyou !
De septembre à Noël 1954, Barbara est engagée à L'Ecluse en numéro trois, en vedette après une parodie comique. Sur la rive gauche, elle chante sans micro avec une désinvolture qui fait rire le public, jouant de sa voix et de son corps. Pendant ce séjour, la direction remarque pour la première fois que Barbara 
"  fait recette  "
Place de l'Odéon dans les années cinquante. Raymond Lévesque égrène ses souvenirs...
Lorsque j'arrive à Paris en 1954 avec peu d'argent, je me retrouve à Saint-Germain-des-Prés avec tous les paumés de la terre. C'est là que je fais sa connaissance, elle est comme nous. Nous fraternisons et passons nos après-midi au Café de l'Odéon, au Quartier Latin, où le patron nous laisse nous éterniser devant un verre de rouge. Très effacée,elle me présente Claude Sluys, qui est vaguement imprésario, en me disant simplement  :  "  c'est mon mari. "   
Le 14 décembre 1956, elle est engagée par Jacques Canetti aux Trois Baudets, dans Hi-Fi, aux côtés de Francis Lemarque, Raymond Devos, Pierre Dac, Francis Blanche, Colette Chevrot et Monique Sénator.
Cette année-là, lorsqu'il est nommé directeur artistique du service Variétés pour le compte de la maison Pathé Marconi, Serge Beucler invite son ami montpellièrain Henri Saccazes dans un petit restaurant du quartier Saint-Michel  :  il tient à lui présenter sa découverte... Plus tard, retiré à Millau, Henry Sacczes se souviendra de son tout premier contact avec cette  "  femme-échalas en point d'exclamation, à la démarche un rien féline et au port de tête de danseuse-étoile  "
Jamais je n'oublierai cet instant magique. Du haut de sa longue silhouette filiforme, avec un timbre de voix si étrange, elle paraît accrochée à sa branche, dans une pénombre feutrée et intimiste. Barbara qui ne laisse déjà nul indifférent est une femme impressionnante d'intelligence et de culture, mi-Callas par la silhouette, mi-Garbo par le mystère. Si le therme d'atmosphère est lié à tout jamais à la gouailleuse personnalité d'Arletty, c'est avec Barbara qu'il a pris sa pleine dimension romantique avec des émotions à nulle autre pareille, une intimité, une ambiance d'envoûtement proche de la cérémonie vaudou...
En 1958, engagée pour six semaines, elle chante à nouveau à L'Ecluse. L'ambiance est familiale, Barbara arrive chaque soir, très tôt, vers 21h, bien avant l'ouverture.
Dès les premiers jours, je remarque sa grande intégrité, raconte Marc Chevalier. Chanter c'est sa vie, elle sacrifie tout à ça. Barbara a une  "  élégance de coeur  "  :  elle donne tout, c'est spontané ! Avant le spectacle, on prend le café ou bien on mange au restaurant d''à côté. Plus tard vers 1h ou 2 h  du matin, nous allons boire un dernier verre ensemble place Saint-Michel. Nous vivons très liés sans véritablement nous connaître. Nous parlons beaucoup, mais je ne vais jamais chez elle et je ne sais rien de sa vie privée... Une fois, elle se dévoile et me dit  "  tu vois quand je chante, je ne fais pas venir ma mère... Le fait qu'elle soit là me trouble et m'empêche d'être moi-même totalement... "
Au fils des jours, ses inflexions de voix au timbre personnel sont très remarquées. Barbara croise, entre autres, Yves Joly et ses marrionnettes, sans oublier Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras, inséparables, avec leurs personnages de Louis XIV et Racine. Elle gagne dix francs par jour. de quoi se payer le taxi et le dîner.


Extrait du livre

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Lundi 10 août 2009 à 7:49



J'aime entendre sa voix !

Vendredi 7 août 2009 à 9:01

 
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Croquis de Luc Simon

Barbara a habité un an et demi chez moi, me confiera France Olivia, la pianiste de L'Ecluse. Avec mon époux, Olivier Grégoire, nous étions jeunes mariés et habitions dans l'île Saint-Louis, sur les quais de Béthume. Une vie merveilleuse. Olivier, cinéaste et peintre de grand talent, hébergeait notre ami intime Paul Braffort. C'était une maison de bohème et d'accueil, Dadzu ( le dessinateur humoriste ) y séjournait avec nous, François Billetdoux, notre ami d'enfance, nous y retrouvait. Mon métier de pianiste me permettait de rencontrer toute la rive gauche. Je connaissais bien Boris Vian. Je ne peux pas dire que j'ai aidé Barbara, ce serait orgueilleux de ma part  :  je suis une femme de l'ombre et de l'amour. En 1951, tout en faisant parallélement des tournées avec des artistes, je commence à jouer à L'Ecluse, un étroit bistrot en longueur, avec tout au bout, une scène minuscule et un piano situé à gauche de telle façon qu'on l'aperçoit depuis la porte d'entrée. Chaque soir, de mon poste, j'entrevois une grande fille avec une crinière fabuleuse. Une Juive de l'Antiquité, superbe, généreuse et terrifiante à la fois..., une Walkyrie ! Elle me regarde fixement et je me dis mais enfin, qu'est-ce qu'elle me veut ? Ce manège dure plus d'un mois et demi. C'est impressionnant. Un soir, elle vient jusqu'au piano et me murmure  :  Je veux vous parler... Nous allons prendre un verre. Là, elle me confie  :  Je n'ai aucun domicile à Paris. J'apprendrai par la suite qu'elle habite dans un appartement, rue Vitruve, avec sa mère et son frère. Comment ne pas être attendrie par son triste sort ? Mon mari a un atelier au-dessus de chez nous. Elle s'y installe pendant un an et demi. J'ai un point de repère assez particulier..., je me souviens de ma fille qui, à trois ans, lui répète inlassablement  :  Barbara, tu chantes faux ! Non seulement, poursuit France, Barbara a le goût du piano, mais, en plus, elle est fort douée ( on a envie de la pousser au maximum ) Très intuitive, avec un sens de la répartie décapant  :  un aigle. Bien plus tard, lorsqu'elle écrira L'Aigle noir, je la reconnaîtrai. Dès le début, elle se montre surdouée dans tous les domaines, une véritable extrémiste. Son humour est unique, et son mystère, fou. Elle a un sens exacerbé de sa valeur. Nous avons des fous rires inimaginables. Un soir je rentre de L'Ecluse plus tôt que prévu... Ce soir-là, nous parlons beaucoup, je lui demande  :  Qu'est-ce que tu veux faire plus tard de toi ? Elle me dit  :  Je veux être chanteuse, c'est sûr, je veux être chanteuse, je veux faire carrière... Olivier s'en mêle  :  Ecoute, je t'en supplie, il faut l'aider, fais-le pour moi... Emmène-la dans les cabarets où tu travailles, il faut qu'elle y arrive ! Je la présente à L'Ecluse, mais après sa première audition  "  malheureuse  "  rien à faire... ( elle est beaucoup trop grande, trop  "  énorme  "  pour notre cabaret, elle  "  occupe  " trop la scène ! ) J'insiste auprès de mes copains,  "  les patrons  " ( Léo Noël, Brigitte Saboureau, André Schlesser et Marc Chevalier )  :  Prenez-la en audition, au moins une semaine... C'est ainsi que Monique, flanquée du prénom de sa grand-mère russe, chante en première partie du spectacle toute une semaine sur le fameux piano droit que je connais bien, face au mur décoré par une bouée. Chaque soir, soixante-dix personnes ( la capacité maximale de L'Ecluse ) découvrent Barbara. Par la suite, France Olivia la présente à La Rose Rouge, rue de Rennes, un établissement plus important, plus vaste ( un petit théâtre ) Ensemnle, elles voient aussi La Fontaine des Quatre-Saisons, un cabaret dirigé par Pierre Prévert ( le frère de Jacques... ) Barbara rêve toujours de l'Opéra-comique ! Une anecdote piquante dont se souvient France, elle est engagée à La Fontaine... en tant que  "  plongeuse  "  situation saugrenue mais qui lui permet de côtoyer  "  par la petite porte  "  les grands de ce monde ! Quand Barbara se déchaîne, elle est passionnée... Un moment elle s'éprend de Dadzu, un petit bonhomme, charmant, plein d'humour. Folle amoureuse, elle tombe sur lui comme un oiseau de proie. Il habite vers la rue de Seine, un studio au septième étage..., le septième ciel ! Lorsqu'elle découvre l'étroite pièce sous les toits, elle décide de vivre avec l'humoriste. Dadzu, tout surpris...  : 
- mais c'est tout petit chez moi...
- ça ne fait rien,
répond Barbara, on s'aime ...!
Après deux jours et deux nuits...
- je suis bien, mais mon piano me manque.
ton piano
, s'étonne Dadzu, tu veux dire  "  un petit piano  " ?
Le lendemain, marche par marche dans un escalier infernal en colimaçon, un piano à queue est hissé par huit spécialistes jusqu'au septième étage ! Une aberration ! L'instrument installé, pas question d'accéder au coin cuisine. On n'entre plus dans le studio, on tombe sur le piano ! Qu'importe, les deux tourtereaux se faufilent. Au bout de huit jours, Barbara ne tient plus  :
- Dadzu, ce n'est pas possible de vivre comme ça, vraiment, ce n'est pas possible... je m'en vais !
- tu t'en vas..., mais ton piano ?
- je te le laisse en souvenir !
L'humoriste confiera  l'anecdote à ses amis, notamment à André Gaillard et Roger Pierre, compagnons de cabaret. Roger, malicieux, dévoilera l'histoire de  "  l'encombrant cadeau  "
Barbara ne pouvait pas vivre sans Dadzu, après elle ne pouvait pas vivre sans piano. Finalement, elle ne pouvait pas vivre du tout !


Extrait du livre

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Jeudi 6 août 2009 à 9:17

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Nous nous étions téléphoné pendant l'été, se souvient Michel Portal, le saxo de cristal de Pierre ...
J'avais une amitié assez particulière avec Barbara. On s'aimaient beaucoup. Lors de mon dernier appel téléphonique, elle ne m'avait rien dit de sa maladie, je ne me doutais de rien. L'année précédente, elle m'avait invité pour participer à son dernier disque mais je n'y suis pas allé  :  elle m'avait adressé Fatigue, par cassette. J'en était très touché. A cette période, je n'étais pas très bien, je n'avais pas osé rentrer là-dedans, je ne sais pas pourquoi... Cette chanson était très curieuse pour moi, un peu clef, un tournant. Je lui ai dit que je n'avais pas ma place dans ce morceau et que je n'osais pas le faire. Elle m'a écrit quelques mots  :  Je ne t'en voudrais pas, tu le fais ou tu le fais pas, mon chéri, je t'aime. Elle était l'extrême générosité, l'extrême enthousiasme, elle était la vie, la vigueur. Ensemble, nous parlions souvent de la solitude, nous sommes tous deux des solitaires. S'il fallait faire des recueils avec des dessins humoristiques, on marquerait pour nous  "  les solitaires  "  Pour d'autres,  "  les plaintifs  "  Nous parlions simplement de la solitude par rapport au Métier. Elle me disait souvent  :  Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Nous sommes des solitaires, mon chéri. Tu comprends, on ne peut pas faire ce métier et puis réaliser autre chose à côté. Mon chéri, tu étais fait pour vivre seul, toi aussi, on est là, comme ça, c'est la vie.
Barbara et moi, poursuit Michel Portal, nous parlions constamment de notre  "  mal de vivre  "  Personne ne la remplacera. Comme elle, je suis un musicien d'instinct. Quand on cherchait cette fragilité dans la chanson, c'était comme un murmure. Quand elle jouait, quand elle chantait, elle se basait sur une sensibilité extrême, aiguë. Avec mon saxophone, j'essayais de l'imiter. On aurait pu faire une chanson à nous deux, tout seuls. Elle avait aussi un amour caché pour la musique classique. Je ne lui ai jamais parlé de Mozart, de Chopin ou de Schubert. Sa façon de chanter était  "  classique  "  influence de ses études musicales. Depuis qu'elle a disparu, je n'ai pas bougé, je ne suis pas allé à l'enterrement, je suis paralysé. Je suis en colère contre la mort !

Michel Portal  ( Saxophoniste, Clarinettiste de jazz )

Mercredi 5 août 2009 à 8:42

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Sur le plateau de Frantz, Brel donne ses consignes à Levent, le directeur de la photographie : Léonie est laide..., il ne faut surtout pas adoucir les traits de Barbara, (...) Tu vois, de profil, avec son nez d'aigle, c'est ça que je veux !  Brel considère Barbara comme sa petite soeur, il ne la ménage pas. Quand il a quelque chose à dire, il ne s'en prive pas. Et Barbara est ravie ! Michel Ardant, le producteur de Frantz, ne cache pas sa réticence. Il aurait souhaité Annie Girardot, mais Brel est le patron. Réalisateur avisé, ce dernier impose Barbara. Dès les premiers jours de tournage, détendu et blagueur, il lui donne confiance  :  Bonjour la diva ! Tu vas voir, il y a des gens partout, comme lorsqu'on est en tournée...
Malgrè le voeu exprimé par Brel, Barbara ne parvient pas à être laide. Au contraire, le cadre des plages brumeuses lui sied et l'embellit, elle est magnifique de féminité et d'inconstance. Pendant le tournage, Brel invite  " ses femmes "  Barbara, Syvette Baudrot ( la scripte ), Daniele Evenou..., dans un restaurant près de Bruges. Souvenirs de Sylvette Baudrot  :
"  Barbara est myope comme une taupe. Dans la séquence où elle fait du vélo avec Brel le long du canal, elle part comme ça et c'est tout juste si on ne la  " récupére "  pas, elle va tout droit dans le canal, c'est très drôle ! Un jour, mes enfants me rejoignent sur le tournage. Barbara les adore. Mon fils a alors quatre ans et possède un petit kayak..., elle lui offre une paire de rames. A ma fille et à moi, elle donne deux pantalons assez particuliers, rayés bleus blancs rouges (!) on les gardera toujours. Sa sollicitude nous touche beaucoup. Jacques et Barbara s'entendent admirablement. Sur le plateau, elle ne porte jamais ses lunettes, elle se débrouille comme ça, au tâter. Dans la séquence du char à voile ce  stupide bateau à roulettes, sur la plage, Brel conduit, bien sûr, et Barbara est à ses côtés, confiante. Tout de même, quel étrange attelage ! L'ambiance que met Brel est extraordinaire. Parmi tous les metteurs en scène avec qui je travaillerai par la suite, je ne rencontrerai jamais une telle chaleur humaine. Un jour, il organise un dîner exclusivement avec les femmes de la production. Une autre fois, il réunit les hommes, seuls. Je suis là, Jacques dit de moi  :  Sylvette vient avec nous c'est un " mec " !  A la fin du repas au champagne entre femmes, il lance dans un grand rire  :   Maintenant, Mesdames, c'est à vous de m'offrir le café et le digestif !

Extrait du livre

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Extrait du film Frantz

Mardi 4 août 2009 à 9:39

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Au moment de ses obsèques, j'ai essayé d'être le plus discret et le plus sobre possible par rapport à elle, parce que justement il y a toujours ce phénomène qui amplifie et répercute les réactions des uns et des autres. Ce que je peux apporter, c'est vraiment et uniquement le témoignage d'un  " fan "  de toujours, d'un maire à travers des rencontres. C'est vrai, dans le village, Barbara avait une place particulière, une relation avec les habitants qui était à la fois d'absence et de très grande présence. Elle avait un coeur d'or pour les enfants, les anciens du village. Elle a toujours participé aux actions qu'on voulait mener. Un jour, elle a donné carrément un mètre cube de préservatifs à distribuer aux jeunes ! Elle a vu des enfants pendant son spectacle, et elle voulait faire quelque chose pour les protéger. C'était il y a plusieurs années..., on n'a pas fini de les tristribuer ! C'était à la fois complétement démesuré tout en étant discret. Elle était toujours soucieuse de faire du bien. Elle accompagnait les plus petits à Paris  ( elle a financé des spectacles pour qu'on les y emmène ! )   Pendant des années à Précy, elle a participé aux cadeaux de Noël dans la plus grande discrétion. Je me suis rendu compte de la douleur que pouvait représenter pour elle le fait de vivre quand j'ai compris à travers l'histoire de son père la blesure profonde qu'elle portait en permanence. Je crois que ça a conditionné sa vie et orienté son écriture. Je retrouve la trace de cela dans énormémemnt de ses chansons. Ca nous a toujours frappés, bien qu'elle soit souvent  " accompagnée "  il émanait d'elle une très grande solitude. Barbara était une artiste exceptionnelle et en même temps quelqu'un de très fragile et de douloureux.

Yves Duteil   ( auteur compositeur et Maire de Précy sur Seine )

Lundi 3 août 2009 à 8:29



<  La solitude  >


La solitude   ( Barbara/Barbara )   ( 1965 )


Je l'ai trouvée devant ma porte
Un soir que je rentrais chez moi
Partout, elle me fait escorte
Elle est revenue, la voilà,
La renifleuse des amours mortes
Elle m'a suivie pas à pas
La garce, que le Diable l'emporte
Elle est revenue, elle est là.

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes,
Et de longues nuits désolées,
La garce, Elle nous ferait même
L'hiver au plein cœur de l'été.

Dans ta triste robe de moire,
Avec tes cheveux mal peignés
T'as la mine du désespoir,
Tu n'es pas belle à regarder,
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l'ennui,
Je n'ai pas le goût du malheur
Va t-en voir ailleurs si j'y suis.

Je veux encore rouler des hanches
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m'en payer, des nuits blanches
A cœur qui bat, à cœur battant
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier,
Je veux encore dire "je t'aime"
Et vouloir mourir d'aimer.

Elle a dit : Ouvre-moi ta porte
Je t'avais suivie pas à pas,
Je sais que tes amours sont mortes
Je suis revenue, me voilà
Ils t'ont récité leurs poèmes
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine
Eh bien c'est fini, maintenant.

Depuis, elle me fait des nuits blanches
Elle s'est pendue à mon cou,
Elle s'est enroulée à mes genoux
Partout, elle me fait escorte,
Et elle me suit, pas à pas,
Elle m'attend devant ma porte,
Elle est revenue, elle est là,

La solitude, la solitude...

Vendredi 31 juillet 2009 à 7:55



<  Le bourreau  >


Le bourreau   ( E.Roda-Gil/Barbara )   ( 1972 )


Tendu de crêpe, au crépuscule,
Flanqué d'un grand noir majuscule,
Au zénith profond de minuit,
Il avance dedans la nuit,
Le bourreau, le bourreau,

Moi, je le nargue lentement,
Comme un jour d'hiver au printemps,
Comme la toute dernière gelée,
Sur l'avant-garde de l'été,
Ce bourreau, ce bourreau,

Car moi je vis, comme un printemps,
Qui en sait peu, qui ne sait pas,
Car moi je vis, comme un éclat,
De feu d'amour en feu de joie,
Et tant pis si de temps en temps,
Il neige un peu sur mes printemps,
Je sais bien que certains matins,
Il y a des fleurs de chagrin,

Flanqué de son grand M majuscule,
Tendu de crêpe au crépuscule,
Au zénith profond de mes nuits,
Il avance dedans ma vie,
Le bourreau, le bourreau,

Il connaît très bien son chemin,
Tous les chiens lui lèchent la main,
Il connaît très bien son chemin,
Tous les chiens lui lèchent la main,
Au bourreau, au bourreau,
Mais moi je vis, comme un printemps,
Qui sait très bien, qui prends son temps,
Mais je vis en attendant,
Le temps qu'il me reste de temps,

Et bien sûr, que de temps en temps,
Il a neigé sur mes printemps,
Mais je n'ai pas, dans mon jardin,
Que des fleurs couleur de chagrin,

Quand se pose le crépuscule,
Vêtue d'un grand noir majuscule,
Gantée d'un velours noir qui luit,
Moi, je m'en vais vivre ma vie,
Sans bourreau, sans bourreau,

Tout en le narguant lentement,
J'aurais cueilli tous mes printemps,
J'aurais vécu d'avoir aimé,
J'aurais tout pris, tout partagé,
Sans bourreau, sans bourreau,

Il peut venir au crépuscule,
Flanqué de son M majuscule,
Au dernier souffle de ma vie,
Il ne prendra qu'un corps sans vie,
Il ne prendra qu'un corps sans vie,
Le bourreau, le bourreau, le bourreau...

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