Jeudi 12 avril 2007 à 9:58

 


Noir


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En 1986 )


Ce n'est pas un noir de pleureuse. C'est un noir gai. De nuit. Une nuit chaude, semée d'étoiles. C'est une couleur sublime. Le noir, c'est naturel, élégant, joyeux à porter. Chanter en noir, pour moi, c'est annuler le corps.


(
En 1993 )


De n'importe quelle femme qui s'habille en noir, on dit qu'elle est belle et élégante. Je m'habille en noir par goût. C'est, à mes yeux, une couleur plus seyante que le rose. C'est une couleur évidente sur scène. Je porte le même costume depuis toujours. A mes débuts, le tissu de velours noir était moins beau. Mais, parce que je porte du noir, on me prend pour une sorte de sorcière.


Je ne comprends pas: personne ne s'étonne qu' Alice Cooper se mette un serpent autour des hanches... Pourquoi faudrait-il s'étonner que le noir soit plus singulier ?


(
En 1996 )


Le noir est une couleur de fête, de soir, de nuit, de flamboyance, de dignité, de danger, de séduction... De chagrin, aussi.


Barbara
 

Lundi 9 avril 2007 à 10:04


Adulte


(
En 1992 )


Mais c'est quoi être adulte? Si c'est se prendre au sérieux, avoir une haute idée de soi-même, être raisonnable, alors là, non ! Parce que ce jour là, on est cuit.


(
En 1993 )


Personnellement, adulte, je ne peux pas expliquer ce que c'est. Mais je sais que, parfois, c'est très ennuyeux de l'être. Son enfance, bien sûr, chacun de nous la recherche et veut la prolonger. Les acteurs jouent...Chanter aussi, est un jeu magnifique.


Barbara
 

Mercredi 4 avril 2007 à 21:43

 
Humour


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En 1968 )


Je suis une comique, mais cela, personne ne s'en est rendu compte ! C'est ma nature, de chanter des choses dingues. J'aimerai écrire des chansons comiques. Pour le moment, je n'y arrive pas et je me contente de chanter celles des autres, du Mayol, du Fragson.


(
En 1985 )


Vous savez ce que je voudrais vraiment ? Faire des farces, arriver sur scène avec des plumes d'autruche.


Barbara

Dimanche 1er avril 2007 à 11:00


La solitude


(
En 1981 )


Ma solitude est une espèce de luxe que je souhaite à tout le monde. On y est plus attentif à tout ce qui se passe. On entend mieux les gens dans le silence. On n'est pas plus proche des autres parce qu'on est serrés les uns contres les autres.


(
En 1987 )


Qu'est-ce que la solitude ? En fait, c'est une grande part d'égocentrisme que j'ai en moi, certainement. C'est aussi une grande faiblesse, ne pas savoir vivre à deux, probablement, et une grande force aussi. Je pense que c'est une très grande force, parce que vous pouvez recharger vos accus, vous n'avez pas à tricher devant l'autre.


(
En 1993 )


Il faut avoir du talent pour vivre à deux. Moi, c'est un talent que je n'ai pas, que je n'ai jamais eu, donc, je pense que dans ces cas-là, si c'est pour être seul à deux, il vaut mieux être seul... Seul et avoir des choses, des passions...


Barbara

Dimanche 25 mars 2007 à 11:35


Sida


(
En 1987 )


Le sida est une drôle de chose. C'est comme Sodome et Gomorrhe...ça arrange la bondieuserie, les moralistes, les exicités et tous les charlatans qui vont vivre de ça...


(
En 1988 )


Pour le sida, les mots ne sont pas suffisants. Il faut qu'ils soient dits par l'image et par la voix. J'aimerais m'attaquer avant tout à l'information. Entrer dans les facs, entrer dans les écoles, dans les prisons... Peut-être faut-il faire des dessins animés pour les gosses, des clips? Il faut que j'y aille. S'il le faut, j'irai chanter dans les hôpitaux, dans les prisons.


(
En 1990 )


Dans cette maladie, je revois les mêmes maigreurs que ceux qui sortaient des camps de concentration.


(
En 1992 )


A force d'être frileux, ce sera l'hécatombe. Ces morts, ce sont les notres. Il ne faut pas cesser d'espèrer. Il faut rester ensemble, les yeux ouverts. J'avais dit au public : " Ma plus belle histoire d'amour c'est vous " Et voilà que surgissait une maladie qui arrivait par l'amour... Comment ne pas me sentir concernée?


(
En 1993 )


Dans les hôpitaux, j'ai vu des malades solitaires qui appréhendaient de prévenir leur famille. J'ai vu des pères découvrir en même temps l'homosexualité et le sida de leur fils, et commencer par mal l'accepter. J'ai vu des hommes et des femmes mourir en colère. J'ai vu des jeunes gens culpabilisés par cette maladie du siècle, convaincus que le sida était la punition de Dieu. Je les ai vus partir sans une plainte, dans une grande dignité, soutenus par des infirmières admirables. Je les ai vus partir et je ne pourrai jamais les oublier.


Je ne vais pas dans les prisons d'hommes et de femmes uniquement pour chanter. J'y chante ( je l'ai réclamé et obtenu ) parce que je veux ensuite communiquer avec celles et ceux qui sont enfermés. J'entre dans les prisons accompagnée d'un médecin qui parle du sida. Je m'installe avec un piano dans un couloir, un parloir, où je peux. Je chante, et après nous parlons. Mon combat, c'est le sida. Et, sur ce terrain, je suis une voleuse. Il faut prendre et donner. Comment chanter l'amour et la vie en cette époque terrifiante sans parler du sida et de la mort ?


Barbara

Vendredi 23 mars 2007 à 22:30


Mal de vivre


(
En 1981 )


Quand je suis mal, je m'accorde juste une provisoire cessation de vie. Je ne vois plus les couleurs, les murs... Je ne vois plus rien. Je ne bouge pas. Je ne sais plus ce qu'il faut faire. Je suis négative. Je n'appelle pas au secours. Je ne veux être un ennui pour personne.


(
En 1990 )


Le mien est comme le vôtre. Comme celui de tout le monde. C'est du quotidien. Il est insupportable de vivre au soleil quand tant de gens souffrent autour de vous. Il y a des jours où j'ai honte de manger, honte de dormir, honte d'exister.


Barbara

Dimanche 18 mars 2007 à 23:33

 
Diva


(
En 1990 )


Mais ne peut-on pas être un peu inaccessible, un peu lointaine, sans donner à penser qu'on est une diva ? Ne peut-on pas être un peu différente, un peu timide ou un peu sauvage, solitaire, sans être une diva ? Je ne suis pas tellement inaccessible. Si on veut me joindre, on peut le faire... C'est vrai, je rencontre peu de journalistes, je refuse beaucoup de demande d'interviews. Mais enfin, il nous reste la possibilité du choix, dieu merci ! Pourquoi rencontrer des gens qu'on n'a pas envie de voir, ou avec lesquels on ne va pas s'entendre, avec lesquels il n'y a pas de connivence ? Si on se rencontre, c'est pour essayer de réussir un instant... Au départ, quand on démarre dans ce métier et qu'on se conduit comme ça, on dit de vous : " ah, c'est encore une enmerdeuse ! Elle est épouvantable ! " Ensuite, on dit : " Elle a un caractère impossible ! Quelle prétention ! " Et puis un jour, très tard, on dit : " c'est une grande professionnelle ! quelle magnifique exigence ! " Aujourd'hui, j'ai soixante ans, on dit que je suis une grande professionnelle.


Barbara

Dimanche 18 mars 2007 à 16:56


Drouot


(
En 1993 )


Je suis allée très longtemps et très souvent à Drouot avec quelqu'un qui m'a un peu initiée. Et puis j'adore " foirfouiller ", j'adore fouiller et puis j'adore les objets, les toucher et puis les respirer. Ils ont appartenu, ils disent plein de choses. C'est là que j'ai recontré la femme magnifique pour qui j'ai écrit une chanson qui s'appelle "Drouot". C'est terrible parce qu'on voit des gens qui se défont de choses qui étaient toute leur vie, pour quatre sous, ça c'est pathétique... On a envie de leur dire: " Non, tenez, voilà ! " C'est très cruel, ça. 


Barbara
 

Samedi 17 mars 2007 à 7:51

 
Colère


(
En 1987 )


Tout me met en colère et je tiens à le rester ma vie durant. Plus précisément, la grossièreté, la mauvaise foi, l'injustice, mais ça, c'est plutôt une révolte. Je crois qu'il ne faut pas s'anesthésier. Il faut à la fois être tolérant et " vigiler " sans arrêt. J'espère mourir en colère.


(
En 1992 )


Être en colère, c'est ne pas se résigner, c'est avoir envie de se battre les êtres et pour les choses. J'espère rester longtemps une femme en colère. Il y a des colères professionnelles, quand on essaie de me refiler un piano qui ressemble à un vélo, et les colères de la vie. La mauvaise foi, l'injustice me mettent en rage. Mes colères font que je reste vivante.


(
En 1993 )


Je pense qu'il est important d'être un homme ou une femme, en colère. Le jour où nous quitte la colère ou le désir, c'est cuit !


Barbara
 

Jeudi 15 mars 2007 à 23:26

 


Chanter


( En 1981 )


Chanter, oui, c'est dérisoire. Regardez, on n'attache pas autant d'importance au travail d'un homme de science ou d'un infirmier qui regarde tous les jours la mort en face. Ca, ce n'est pas juste. Il faut bien réaliser que le spectacle, c'est dérisoire, ça ne dure pas. Tout passe, tout est annihilé dans l'instant. Et quand on a du succés, plus on t'aime et plus tu as peur. Tu recules. On accorde de l'importance à quelque chose qui n'en a pas. Il y a disproportion. C'est ça qui me gêne. Dans ce métier, on devrait avoir un peu plus d'humilité. Ce qui m'embête, c'est de m'exhiber. C'est pour cela que je refuse toutes les télés qu'on me propose. Car après j'ai honte et j'ai besoin de m'enfermer.


(
En 1987 )


Je ne pourrais pas chanter si je n'étais alimentée des douleurs, des joies, des silences, des cris... Je chante avec Tchernobyl, avec Sakharov libéré, avec les enfants de novembre qui défilent et qui crient " Plus jamais ça ! " Avec le sida, avec tous les événements qui sont autour, avec Kouchner, avec les bateaux rejetés à la mer, avec la poignée de main d'Arafat et de Rabin, que je ne pensais pas voir de mon vivant, avec la mort de Coluche, avec tout ça... Tout cela m'atteint beaucoup. C'est avec cette matière vivante que je chante.


Barbara
 

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