Mardi 7 avril 2009 à 9:20

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Pendant quelques années, Barbara ce fut surtout  " Il pleut sur Nantes... "  Ayant perdu mon père, cette chanson m'accompagnait les nuits où l'on n'arrive plus à éloigner l'absence.  Paresseuse, j'en restai là. Un jour une amie vint tout bousculer  :  " Je t'ai pris une place pour son concert de Mogador. Tu viens avec moi. "  Impossible de refuser, elle rayonnait. Moi,  j'avais peur. Peur de ne pas partager sa ferveur et de la décevoir.  Le 6 février 1990, je me fais petite dans mon fauteuil. Autour de moi une salle comble, religieuse. Comment se débrouille-t-elle pour réunir autant de monde, sans aucune promotion préalable ? L'impression magique qu'il lui a suffi de murmurer  :  " Je serai là, ce soir, je vous attends. "  Me voilà obligée d'admettre qu'elle est la seule artiste française à se permettre cette apparente désinvolture. Cependant la dame, dans mes pensées, reste maniérée, éthérée. Le rideau s'ouvre. Sourde à la clameur qui monte, je m'isole. Je ne veux pas me laisser prendre. En fait de longue dame brune, c'est un soldat qui débarque sur le plateau, qui envahit la scène à grandes enjambées, qui nous questionne, qui nous bouscule. La sensation d'être chahutée par la houle en pleine mer. M'arrivent par vagues la joie, l'énergie, la drôlerie ( mais oui ) ; obstinée, je me ratatine davantage. Je veux l'observer. Pour voir quoi ? Une femme, faite de chair et de sang qui crie son amour, sa colère et qui joue avec son public. Qui le dompte, le soumet, mais paye infiniment de sa personne, mettant à mort ses propres défenses. Je la pensais voile, elle est mât. Sa voix aiguë qui parfois me... Mais non, la voilà rauque, grave, enjôleuse, une voix qui jazze entre révolte et abandon. Sacrée comédienne ! Je suis devant Phèdre tout entière à sa proie attachée. Il est sûr qu'elle ne nous lâchera pas avant de nous avoir mis KO... Lorsqu'elle lève un bras implorant ou accusateur vers le ciel, elle semble tutoyer Dieu, lui reprochant de nous laisser en souffrance. Donnant tout, elle nous prend tout. Voilà j'ai pensé Nous. Attrapée ! Ivre de joie et de fatigue, elle revient inlassablement au rythme des rappels pour chanter encore et toujours. Au fur et à mesure de son épuisement, c'est un sang neuf qui circule dans nos veines. Que peut-elle donner de plus ? J'ai compris à cet instant que le vœu de mon amie ne se réaliserait jamais, avoir Barbara pour elle seule, un instant. Même si Barbara lui en avait fait la promesse. En se protégeant, elle protégeait aussi ceux qu'elle aimait, ne voulant offrir ni sa faiblesse ni sa souffrance. Il fallait accepter ce don d'un soir et partir sur la pointe des pieds. Impossible de la voir en loge. La leçon était claire, après avoir irradié dans la lumière, un artiste doit avoir le courage de regagner sans un mot l'ombre d'un quotidien dont la banalité ne regarde que lui, fermant ainsi la porte à toute flatterie inutile. Il me restait à remercier mon amie d'avoir si fermement décidé de ma vie, ce soir là. Engourdie, étonnée par mes propres sensation, je ne l'ai fait que quelques jours plus tard.
 
Denise Chalem  ( Comédienne et auteur-dramatique )

Par Paskale le Mardi 7 avril 2009 à 19:29
Ben! Une présence qui retient l'attention... Cela ne s'explique pas , on est on l'on n'est pas... Elle était !

BISOUS
Par repermusiques le Mardi 7 avril 2009 à 20:32
Je connais Georgius pour la simple raison que mon grand-père avait un double 33 tours... La plus connu doit être "Le lycée papillon" qui est passé récement en extrait sur France-Inter.

Encore un beau témoignage... Bises
 

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